La Chine voit rouge, et après…

Le débat sur le protectionnisme n’en finit pas de rebondir en Europe. Dernier évènement en date, la taxe que Bruxelles veut appliquer aux panneaux solaires venus de Chine. Une décision prise par la Commission malgré l’opposition de l’Allemagne, et de quelques autres européens, qui estiment que pour eux, le jeu n’en vaut pas la chandelle. Et il est vrai que le protectionnisme a toujours un coût, d’autant plus élevé que le marché concerné est stratégique, et le partenaire-victime puissant. S’agissant du solaire et de la Chine, les deux conditions sont remplies pour que le diable sorte violemment de sa boite. Il y aura des représailles. Si l’on en croit les autorités chinoises, c’est le vin, et donc la France, qui trinqueront les premiers. On imagine déjà les cris de protestations montant des vignobles du Bordelais ou d’ailleurs, contre l’inconscience des bureaucrates bruxellois qui prennent en otage notre patrimoine national, mettant en péril une tradition séculaire et des centaines d’emplois liés de près ou de loin à l’exploitation des vignes. La Commission n’en sera pas à son premier procès en incompétence et technocratisme stupide. Pourtant, il y aurait sans doute un grand danger à ne pas voir plus loin que le fond de notre verre. Car au delà des capteurs solaires, et des châteaux bordelais, dont une part d’ailleurs appartiennent déjà aux Chinois, ce qui se joue dans cette affaire, c’est un peu de notre devenir. C’est le modèle de développement que nous voulons pour notre pays et au delà pour l’Europe. Si nous acceptons, au prétexte de défendre les parts de marché de nos vins ou de nos fromages, de laisser les industriels chinois conquérir tous les créneaux d’avenir en les inondant de produits vendus à perte, ou simplement grâce à un traitement domestique indigne des questions sociales et environnementales, si nous les laissons devenir les champions des nouvelles énergies comme ils sont ceux des téléphones portables, du textile, et d’à peu près tout ce que nous consommons quotidiennement, alors nous aurons choisi un modèle pour notre avenir dont nos enfants auront toutes raisons de s’inquiéter. Quand viendra leur tour, il leur restera le tourisme, si les nouveaux riches ont toujours le goût de nous visiter, le vin bien sûr, du moins les châteaux que les excédents chinois n’auront pas encore achetés… Et le nucléaire dont personne ne voudra peut-être plus. Le plus paradoxal de l’affaire est sans doute de voir l’Allemagne opposée à une mesure dont le but est de préserver la compétitivité industrielle européenne dans un domaine tout à fait stratégique. Mais il est vrai que les termes de l’échange ne sont pas les mêmes pour elle. Pendant que nous écoulons notre vin, ils vendent sur le plus grand marché du monde leurs machines-outils et leurs voitures. Le péril n’est pas tout à fait le même.

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