La démocratie en danger?

C’est bien sûr un drame terrible. Qu’en 2013, à Paris, un jeune étudiant puisse perdre la vie pour des idées est insoutenable. Car nous ne sommes pas en guerre civile, et la crise multiforme qui traverse la société française, aussi grave soit-elle, ne justifie pas que nous nous y retrouvions. L’émotion considérable suscitée par la mort de Clément Méric est donc logique, légitime, et pourrait-on dire salutaire. Faut-il pour autant se précipiter vers le placard aux idées reçues pour emboucher son mégaphone et hurler au retour des spectres qui ont hanté l’Europe au siècle dernier? Faut-il dénoncer la menace de la “peste brune”? La résurgence de la “haine fasciste”? Faut-il à tout prix faire de cet évènement un marqueur de notre vie politique? Pointer du doigt Frigide Barjot et son activisme? Dénoncer la violence de la droite sur  le mariage pour tous? Ou à l’inverse pointer que le gouvernement a lui-même semé la haine en prétendant offrir aux homosexuels le droit d’être des couples comme les autres. La stupeur passée, l’instinct politicien a repris le dessus. Et Désir attaque la droite, et Mélenchon vomit le parti socialiste, et Copé désigne Taubira… Il n’y a qu’un point sur lequel tout le monde soit d’accord, il faut d’urgence dissoudre les mouvements extrémistes, de “droite” disent certains, de “tous bords” disent les autres. Il serait amusant de demander à chacun de positionner précisément la limite à partir de laquelle on commence à être extrémiste. Faut-il considérer que le dénommé Serge Ayoub, leader nationaliste skinhead dont tout le monde ou à peu près ignorait l’existence jusqu’ici, est plus dangereux pour la démocratie, à la tête de sa bande, que la famille Le Pen avec ses 20% d’intentions de vote dans les sondages? Qui peut penser une seconde que la violence extrémiste est soluble dans un décret. Que les abrutis qui ont tué Clément Méric redeviendront civilisés si le mouvement auquel ils appartiennent est rendu illégal. Avant les Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires, il y a eu d’autres mouvements d’obédience fascisante et raciste en France. Régulièrement ces mouvements sont dissous, et renaissent aussitôt sous d’autres appellations. “Occident” qui faisait le coup de poing dans les années 60 contre tout ce qui lui semblait de gauche, a disparu laissant place à Ordre Nouveau qui ne rêvait que de “casser” du “gaucho” ou de l’immigré. Lui-même dissout par la suite. Non les amis skins de Serge Ayoub ne disparaîtront pas de la planète, ni ne se convertiront à la démocratie, parce qu’on aura interdit leur mouvement. Le seul intérêt de la dissolution sera de permettre à la justice de les poursuivre pour reconstitution de ligue dissoute, même s’ils n’ont commis aucun autre délit, donc en raison de leurs opinions pitoyables. Et de les empêcher de se rassembler une fois par an sous la statue de Jeanne d’Arc. Les “bastons” entre extrémistes ne datent pas d’hier, il y en aura d’autres, et pas toujours à l’initiative du même camp. Heureusement, elles débouchent rarement sur le décès des protagonistes. Alors indignons-nous, il y a de quoi, conduisons les coupables devant les tribunaux, mais ne transformons pas ce drame de la bêtise en fait politique majeur. La patrie n’est pas en danger. Notre démocratie est assez forte pour résister à une poignée de dangereux crétins.

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