Intouchable

Stéphane Richard restera donc le patron d’Orange. C’est ce que voulaient les syndicats. Ce que réclamait la droite, solidaire de l’ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde.  Le gouvernement a décidé de le maintenir à son poste. C’est sans doute le meilleur choix pour l’entreprise de télécoms. L’homme passe apparemment bien auprès des salariés, son arrivée, consécutive à la crise liée à une série de suicides de salariés, a permis d’assainir le climat social. Il aurait été absurde de tout remettre à zéro, en le remplaçant. Il reste que le patron de la première entreprise de télécoms française, dans laquelle l’Etat est l’actionnaire de référence, est soupçonné par la justice d’avoir escroqué… l’Etat, et ce n’est pas banal. Il faut dire que le chef d’inculpation retenu par les juges à l’encontre des protagonistes de l’affaire Tapie qui passent entre leurs mains est particulièrement violent: “escroquerie en bande organisée”. Cela fleure le grand banditisme. Et du coup on a pu se demander s’il n’y avait pas un peu d’exagération. Une “volonté d’abattre Tapie”estime Xavier Bertrand qui monte au créneau pour soutenir l’homme d’affaire et mettre en cause le gouvernement, dont les juges ne seraient que le bras armé. Air connu. Dès que la justice touche à un dossier politique, le camp mis en cause s’empresse de soupçonner la manipulation par les adversaires. Et il est vrai que ce dossier de l’arbitrage ayant conduit l’Etat à verser 403 millions d’euros à Bernard Tapie, dont 45 millions d’euros en dédommagement du préjudice moral (!) subi par lui et son épouse, est extrêmement politique et particulièrement explosif. Car qui dit “bande organisée” suppose la présence d’un organisateur. Et personne ne croira que l’un des trois mis en examens à date -le supposé “arbitre” Pierre Estoup, le directeur de cabinet de Christine Lagarde lorsqu’elle était ministre, ou encore Jean-François Rocchi le patron de l’organisme ayant hérité du différend financier entre Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais- soit l’organisateur en question. S’il y a eu escroquerie, l’organisateur de la “bande” est évidemment à chercher plus haut. “Au sommet de l’Etat” ne cesse de répéter François Bayrou qui dénonce le scandale depuis les premiers jours. Mais le sommet de l’Etat en question est à l’abri. Protégé par l’immunité présidentielle qui met l’ancien président de la République à l’abri de toute poursuite pour des faits s’étant déroulés pendant son mandat. On peut s’attendre à ce que les juges resserrent leur étreinte autour de l’Elysée d’alors en s’intéressant probablement à Claude Guéant, à l’époque secrétaire général du palais présidentiel, ou encore à François Pérol conseiller aux affaires économiques de l’ex-président. Les magistrats semblent décidés à faire toute la lumière sur les conditions dans lesquelles il fut décidé de mettre en place la procédure d’arbitrage qui allait conduire au versement par l’Etat de plus de 400 millions d’euros à l’homme d’affaires. Et s’ils vont jusqu’au bout, ils pourraient bien mettre au jour un véritable scandale d’Etat. Si l’on en croit les déclarations des différents protagonistes on serait en présence d’une véritable machination. Un coup tordu, destiné à offrir le Jackpot à Bernard Tapie, mis au point dans le bureau même du secrétaire général de l’Elysée, en présence de l’homme d’affaires lui-même, qui avait été reçu le matin même par le président, en quelque sorte pour une réunion préparatoire. Si tout cela est avéré, si l’on s’est ainsi préparé consciencieusement, dans le saint des saints de la République, à dépouiller l’Etat de 400 millions d’euros au profit d’un homme d’affaires déjà condamné par les tribunaux pour corruption et fraude fiscale… on comprend le coup de sang des juges. Et leur frustration de se trouver face à un présumé “organisateur” intouchable.

1 réflexion sur « Intouchable »

  1. Assez d’accord, il ne faut jamais débarquer trop vite un patron capable “d’assainir le climat social”…
    Bon vent, cordialement

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