Le G8 dans l’impasse syrienne

Devinette du jour. Qui a dit: “nos opinions divergent, mais nous avons tous l’intention de mettre fin à la guerre en Syrie…” ? Indice: c’était au sommet du G8, lundi en Irlande du Nord. Il fallait répondre: Vladimir Poutine. Tout ceux qui ont répondu Barack Obama, ou François Hollande ont perdu. Et pourtant, aucun des deux autres n’aurait renié cette formule. Car tous les dirigeants du monde sont d’accord sur ce point: il faudra bien hisser un jour ou l’autre un drapeau blanc sur le charnier syrien. Quand et comment? “Euh… on va faire une conférence internationale pour en parler. En attendant, selon l’ONU, on approche les 100 000 morts en Syrie depuis le début de la révolte contre Bachar al-Assad. Le fils a largement battu le record du père, Hafez, et ses 10 000 à 40 000 morts du massacre de Hama lors de la révolte des frères musulmans en 1982. A l’époque, la communauté internationale avait choisi de regarder ailleurs le temps du drame. C’est évidemment plus difficile aujourd’hui à l’heure de l’internet. Personne ne peut plus faire semblant d’ignorer. Alors chacun s’agite, un peu, modérément… pour montrer qu’il a un cœur, des principes… et des alliés. Pour Poutine l’affaire est simple. Il est l’allié d’Assad, parce qu’avec Téhéran, Damas est un rempart contre l’hégémonisme américain dans la région. Que la Syrie tombe dans le camp sunnite, et l’Iran sera à son tour menacé. Et de fait sans le soutien des monarchies sunnites du golfe, alliés traditionnels de Washington, les rebelles n’auraient probablement pas tenu aussi longtemps. Poutine, veut donc garder Assad et continue à le fournir en armes dernier cri. Pendant ce temps, que fait l’Amérique d’Obama? Elle cause. Jusqu’à s’en ridiculiser. La semaine dernière, un porte parole de la Maison Blanche annonçait que Washington avait la preuve, après Paris et Londres, que la “ligne rouge” avait été franchie par le régime syrien. A savoir, l’utilisation d’armes chimiques contre la population, dont Obama avait toujours dit qu’elle serait un point de rupture. “L’équation du président Obama est changée…”, menaçait le porte-parole. Diable! Et après? Les Etats Unis vont établir une zone d’exclusion aérienne pour empêcher les avions d’Assad de bombarder son peuple? Pas si simple, on n’en est pas là. Livrer des missiles sol-air aux rebelles pour qu’ils puissent abattre les avions? Dangereux, les missiles pourraient tomber en de mauvaises mains, car là où il y a des combattants sunnites, il y a forcément des émules d’Al Qaeda. Dans l’immédiat, on accroîtra donc l’aide humanitaire aux victimes de la guerre, et l’on fournira probablement aux opposants au régime, par des voies détournées, quelques armes mineures, ne risquant en rien de modifier l’équilibre militaire sur le terrain. On peut comprendre évidemment qu’Obama, qui tente d’échapper au piège afghan après s’être retiré du bourbier irakien, n’ait pas envie d’une nouvelle aventure militaire. Il a raison. Rien ne serait sans doute pire qu’une internationalisation du conflit syrien. On peut aussi comprendre que la France, forte de son intervention au Mali, estime que ce n’est pas à elle de se mouiller plus en Syrie. Mais si personne ne peut rien faire, pour autant de bonnes raisons, qu’on arrête de faire semblant! Qu’on cesse d’accorder aux uns et aux autres suffisamment d’aide pour qu’ils puissent continuer à s’entretuer, mais pas assez pour qu’une des deux parties l’emporte. Cela rappelle l’attitude de la communauté internationale pendant la guerre Iran-Irak dans les années 80 où tous les pays ou presque fournirent à un moment ou l’autre, par des voies directes ou détournées, pour des raisons plus ou moins revendicables, des armes aux deux belligérants, qui purent se massacrer pendant huit ans sans aucun résultat militaire ou presque. On l’a compris, tout le monde a peur de l’issue de cette guerre, plus encore sans doute que de la guerre elle-même. Les équilibres régionaux en seront forcément modifiés, les antagonismes religieux, en particulier le rapport de forces entre chiites et sunnites, encore exacerbés, le fragile équilibre libanais pourrait en être rompu, la situation d’Israël fragilisée, les djihadistes islamistes pourraient en sortir renforcés… On fera donc sans doute une conférence internationale à l’automne, ou plus tard, puisque tout le monde pensera que c’est la seule façon de se donner collectivement bonne conscience, et de continuer à faire semblant de croire que le G8 sert à quelque chose. Qu’attendre d’une telle conférence? Qu’au moins elle serve à interdire enfin toutes les livraisons d’armes aux protagonistes. Pour garder une chance que le conflit, quel qu’en soit le vainqueur, s’achève avant qu’il ne reste plus un civil syrien debout.

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