La méthode et ses risques

Conférence sociale, chapitre 2. Après l’enthousiasme de la première conférence de juillet 2012 —on parlait alors de la “Grande” conférence sociale— les partenaires sociaux se retrouvent autour d’une table, avec le gouvernement, pour l’édition 2013. Mais l’enthousiasme est retombé. L’an dernier, il s’agissait de porter sur les fonds baptismaux une nouvelle méthode réformatrice. En rupture avec l’autoritarisme sarkozien. Aussi bien les syndicats que le patronat étaient demandeurs. Et de fait, chacun joua le jeu, puisqu’on déboucha sur un accord qu’on qualifia tout de suite —de façon sans doute excessive—d'”historique”, et qui devint la “loi de sécurisation de l’emploi”. Le succès était réel. Même si deux syndicats, et non des moindres, la CGT et FO, avaient refusé de signer l’accord. Un premier pas était fait sur un chemin que l’on pourrait qualifier de voie réformatrice à l’allemande, ou plus précisément à la Shröeder. Du  nom du prédécesseur d’Angela Merkel, qui sut faire adopter en Allemagne des réformes sociales permettant de doper la compétitivité industrielle, au prix d’un accroissement des inégalités. Il va falloir maintenant écrire le chapitre 2. Et cela risque d’être moins simple. D’abord parce que l’aura du président, s’il y en eut, a bien perdu de son éclat depuis un an. Il est au plus bas dans les sondages, critiqué, à droite, c’est normal, mais aussi à gauche et au centre, c’est à dire, par à peu près tout le monde. Et perd toutes les élections partielles les unes après les autres. Ensuite parce que les négociateurs ne sont plus tout à fait les mêmes. La CGT et la CFDT ont changé de dirigeants, qui seront enclins à démontrer d’entrée leur combativité. Laurence Parisot n’est plus que la patronne intérimaire des patrons, en attendant le nouveau président du Medef, Pierre Gattaz, qui prendra ses fonctions le mois prochain et n’est pas fanatique, dit-on, des accords nationaux. Mais surtout, tous semblent cette année venir à la table à reculons. A cause de la crise qui pousse chacun dans ses derniers retranchements idéologiques: quand tout va de plus en plus mal, personne ne veut rien céder. Le mécontentement général ne pousse pas aux concessions. A cause aussi du rapport Moreau, qui était sensé défricher le terrain et servira de cadre au débat sur les retraites. En évoquant les différentes pistes possibles pour sauver la retraite à la française, le rapport a allumé tous les feux: CGT et FO ne veulent pas entendre parler d’allongement de la durée de cotisation ou de remise en cause des régimes spéciaux, encore moins de baisse du niveau des pensions, et le patronat se prépare à claquer la porte si l’on parle d’augmentation des cotisations. Certes Hollande pourra se rassurer en se disant que l’an dernier, le consensus n’était pas non plus gagné d’avance. Mais l’obstacle 2013 semble assez infranchissable. Tout le monde en est conscient, Il n’y a pas grand chose à attendre de la conférence. Du moins sur le gros morceau, celui des retraites. Dans le meilleur des cas Hollande devrait se satisfaire d’un accord sur quelques points périphériques, quoique essentiels, comme la formation professionnelle. D’autant que la CFDT, centrale traditionnellement plus réformatrice que ses consœurs, arrive à la table elle aussi en colère, parce que le gouvernement, crise oblige, vient d’annoncer une quatrième année de gel des indices des fonctionnaires. Malgré tous ces handicaps, à la fin, il faudra décider, réformer pour maintenir la crédibilité de la France, et les chances d’une relance économique que seul François Hollande semble pour l’instant voir venir. Réformer probablement sans le confort d’un accord des partenaires sociaux. Et donc avec un risque de conflit social élevé. Un risque de discrédit accentué également. Car c’est le danger de la méthode: à vouloir asseoir des réformes indispensables, mais douloureuses, sur un minimum de consensus, Hollande s’expose à en faire toujours trop et trop peu à la fois. Quel que soit le contenu de la réforme des retraites finalement retenu par le président, quel que soit le dosage choisi entre allongement de la durée de cotisation, prélèvements supplémentaires, et baisse des pensions, le cocktail sera forcément inacceptable pour tous. Mélenchon, et avec lui l’aile gauche du PS, dénonceront une loi injuste dictée par les technocrates de Bruxelles… Les syndicats n’auront qu’à ressortir les banderoles de 2010… La droite dénoncera une réforme insuffisante et bâclée, qui ne résout rien, et augmente encore le poids des prélèvements… En oubliant qu’il y a trois ans, son champion Nicolas Sarkozy avait promis que sa réforme allait “sauver le système de retraite par répartition”. Il reste à souhaiter que la prochaine réforme des retraites fasse illusion un peu plus longtemps!

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