Tout (re)commence pour les Maliens

Vote sous tension au Mali. Une tension à la mesure de l’enjeu. D’abord pour les maliens, qui viennent de vivre 18 mois terribles: un coup d’état militaire, l’invasion du nord du pays par les séparatistes touaregs et les djihadistes, l’application de la charria dans la ville mythique de Tombouctou, la destruction du patrimoine, les mutilations, et puis, la guerre. Menée par la France, ancienne puissance coloniale, devenue libératrice. Pour François Hollande, encore auréolé de la victoire de l’armée française sur les forces islamistes qui menaçaient Bamako, cette élection est vitale. Pour que l’opération Serval soit pleinement réussie, et que nos soldats puissent se retirer, mission accomplie, il faut que ces élections se déroulent correctement. Il est impératif que sorte des urnes un président légitime, autour duquel vont progressivement se construire des institutions démocratiques. On peut noter au passage que le seul homme politique de droite à s’être clairement opposé à l’intervention hollandienne au Mali, Nicolas Sarkozy, justifiait sa position par cette absence de pouvoir légitime au Mali. Pour autant, même si le scrutin se déroule correctement en dépit de la menace des djihadistes, le chemin qui s’ouvrira pour le peuple malien restera semé d’embûches. La réconciliation nationale est bien loin d’être acquise. Dans les casernes, les militaires, humiliés tant par l’invasion du nord du pays et leur débâcle face à l’envahisseur, que par l’intervention militaire étrangère sur leur sol, restent sur le qui-vive. La corruption qui gangrenait le pays n’a pas disparu par enchantement, ni les trafics multiples. Et les islamistes sont bien décidés à rendre la vie dure au pouvoir qui sortira des urnes. Le pays, qui figure parmi les trente pays les plus pauvres de la planète, est exsangue. Il va donc falloir l’aider. En ne cédant pas à la tentation de décider pour les maliens, mais en appuyant une reconstruction qui prendra forcément du temps, et exigera des fonds. C’est le devoir de la France, en raison de l’histoire, et de la guerre que nous venons d’y mener. C’et notre intérêt à tous, si nous voulons éviter le risque que représenterait la consolidation dans cette région désertique aux confins de la Libye de l’Algérie du Mali et du Niger, jadis contrôlée par Kadhafi et aujourd’hui livrée aux djihadistes, d’une zone de non droit, déjà baptisée “Sahelistan”.

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