Autocritique contre langue de bois?

L’autocritique n’est jamais un exercice facile. Avaler son chapeau en souriant n’est pas très agréable. Et ce n’est pas forcément plus simple lorsqu’elle est collective. Car dans ce cas, l’enjeu principal devient pour les participants: comment faire l’autocritique sincère… des autres? On parle aussi de droit d’inventaire. Chacun s’applique alors à trouver dans les soutes du vaisseau commun, les cadavres plus ou moins oubliés dans les recoins et qui vont justifier que l’on jette son prochain par dessus le bastingage, au nom de la sauvegarde du groupe. L’exercice est alors éminemment tactique. L”inventaire devient un moment de la vie interne d’un collectif, qui va permettre de recomposer les courants ou tendances, de redessiner les rapports de force, et donc in fine de déboucher sur un nouveau leadership au nom de la reconstruction du projet commun. C’est la démarche que l’UMP va initier à cette rentrée. Elle était devenue inévitable, Jean-François Copé l’a donc acceptée. Evidemment, quand il s’agit d’autocritiquer l’action entreprise avec le soutien de l’UMP pendant cinq ans, le risque est que cela tourne à la pure et simple “sarkocritique” tant le président sortant a dirigé le pays de façon personnelle, voire autocratique. Le patron de l’UMP, Jean-François Copé, le sait bien, et s’est empressé d’insister sur le fait que l’exercice de révision devrait être un débat “sérieux et objectif” qui ne se transforme pas en “procès contre Nicolas Sarkozy et François Fillon qui ont dirigé la France ensemble pendant cinq ans”. Le ton est donné! Dès l’entrée en matière Copé s’empresse de mouiller son rival et ennemi Fillon dans le bilan. L’ancien premier ministre a lui-même souhaité que l’on “médite sur le passé”, sans doute avec l’espoir, d’écarter Nicolas Sarkozy de sa route avant la présidentielle de 2017. Mais on voit mal comment il pourrait s’exonérer lui-même de critiques adressées à son président de l’époque. Sauf à prétendre qu’il ne fut pour rien dans toute cette affaire, ce qui le réduirait à un rôle de simple “collaborateur” de l’ex-président, et ruinerait sa stature hypothétique de présidentiable. Mais évidemment Fillon n’est pas le seul dans cette situation. Xavier Bertrand, qui s’estime lui aussi présidentiable, dit et répète qu’à son avis Nicolas Sarkozy ne sera pas candidat en 2017. Un procès en révision pourrait lui donner un coup de pouce. Il aura pourtant du mal à laisser croire que c’est uniquement de la faute du chef, si lui, qui fut ministre des affaires sociales, n’a pas supprimé les 35 heures, ou modifié plus à fond le code du travail, deux “regrets” que tout le monde partage semble-t-il à l’UMP aujourd’hui. Bref, c’est le premier round de la future primaire présidentielle de l’UMP qui va se jouer pendant le débat “sérieux et objectif” voulu par Jean-François Copé. Et aucun des prétendants au titre n’oublie sans doute que le principal intéressé n’a pas dit son dernier mot. On imagine mal que Nicolas Sarkozy laisse ses camarades le jeter avec l’eau du bain. Lui qui critiquait leur mollesse lorsqu’il était à l’Elysée et qui doit estimer qu’ils sont pour une bonne part responsables de son échec de 2012, ne se privera pas de leur rappeler qu’ils étaient plus d’un à trouver à l’époque qu’il en faisait trop. Bref ça sent le règlement de comptes multiples… A moins que la langue de bois ne fasse encore des miracles et que le débat débouche sur une simple glorification des succès partagés.

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