Les saisons du Caire

L’Egypte s’enfonce dans le chaos. La réconciliation nationale nécessaire à la poursuite du processus démocratique semble hors d’atteinte, et pour longtemps. Le printemps arabe semble maintenant si loin! Les massacre commis par la police et l’armée égyptiennes sont indignes et intolérables. Et les échanges de tirs d’armes automatiques entre police et militants retranchés dans un minaret, diffusées largement par les télévisions, ne suffiront pas à donner une quelconque légitimité à la répression mise en œuvre. Les Frères musulmans ne s’étaient pas comportés jusqu’ici en Egypte comme des “terroristes”. Cette version officielle, sensée justifier les massacres de l’armée, n’est pas sérieuse. Le président Morsi a été élu par le peuple d’Egypte à l’issue d’une consultation démocratique. Et le niveau record d’impopularité auquel il était arrivé dans les jours qui ont précédé le putsch militaire ne le rendait pas illégitime pour autant. Nous connaissons et avons connu des présidents de la République impopulaires dans notre pays sans que quiconque songe à leur demander de quitter leur poste avant échéance… si l’on excepte le crétin qui fait actuellement le tour des plages avec sa banderole anti-Hollande. Certes les Frères musulmans étaient en échec. Pour avoir imaginé sans doute que la volonté religieuse suffisait à pallier une absence de programme économique et social. Pour avoir été incapables de contenir les démons de l’intolérance qui sont, où ont été dans l’histoire, l’apanage de toutes les religions monothéistes. Mais ce que les urnes avaient fait, aurait dû être défait dans les urnes, pas par un coup d’Etat. Les armées, comme les religions, devraient être tenues à l’écart de la gouvernance des peuples en toutes circonstances. A l’heure où les moyens de communication physiques comme virtuels font exploser toutes les frontières, où personne n’est plus capable d’y contenir les peuples, le pouvoir politique doit être le garant du respect impartial de toutes les religions, toutes les cultures, toutes les origines raciales et ethniques, qui inévitablement se mêlent et se mêleront de plus en plus dans chaque creuset national. C’est vrai à Paris comme au Caire, mais aussi demain à Téhéran, Riyad, Gaza ou Jérusalem. L’Etat du 21ème siècle ne peut être que laïque, démocratique, et garant de l’égalité des droits de tous. Frères musulmans autant que généraux n’ont rien à faire au pouvoir. Mais les choses ne vont pas s’arranger dans l’immédiat. Pour justifier à posteriori l’injustifiable, les militaires égyptiens vont maintenant pousser les Frères musulmans à se radicaliser. L’armée égyptienne sait faire, et le camp religieux est toujours à son affaire dans la situation de martyre, plus que dans celle de gouvernance. La violence politique ne pourra que prospérer dans un contexte de haine. Plusieurs conditions sont à réunir pour en sortir. Primo, que l’armée rentre dans les casernes. Deuxio que les opposants à Mohamed Morsi renoncent à se venger des islamistes. Tertio que les Frères musulmans comprennent que l’Egypte, pour terre musulmane qu’elle soit, n’a pas vocation pour autant à devenir une république islamique, et acceptent de faire valoir leur point de vue, pacifiquement, auprès d’un pouvoir laïque garant de leurs droits. Cela ressemble aujourd’hui à un rêve. Il faudra du temps, à n’en pas douter pour le réaliser. Après le printemps, il y aura de longs hivers. Mais l’avenir d’un peuple ne se joue pas en un jour, ni une saison.

 

1 réflexion sur « Les saisons du Caire »

  1. Une réaction ….la violence ne réglera rien c’est évident …et je partage sur le fond votre article…mais une observation quand même ….sur :”Certes les Frères musulmans étaient en échec. Pour avoir imaginé sans doute que la volonté religieuse suffisait à pallier une absence de programme économique et social”.

    Non je ne pense pas que les frères musulmans étaient en échec , un peu comme Hollande , élus sur la promesse du changement, ils ne font que poursuivre une politique libérale qui conduit toujours à plus de misère, il n’y a donc pas absence de programme économique et social, c’est une orientation délibérée et le monde de l’argent pensait bien étouffer la révolution avec la religion…et les frères musulmans,
    Voilà Mr Lepinay une petite remarque que je souhaitais vous faire.
    Bien à vous

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