Perseverare… économicum

En économie, il faut choisir un objectif et s’y tenir. C’est l’enseignement que l’on peut retirer de la énième visite à Athènes de la “troïka”, cet attelage de docteurs Diafoirus de l’économie, venus de la BCE de l’UE et du FMI, qui viennent prescrire une purge de plus à la société grecque. Leur objectif: que la Grèce, à force de réduire ses dépenses publiques, démontre enfin sa capacité à rembourser ses dettes, quel qu’en soit le coût social. Enjeu pour le gouvernement grec: le déblocage d’un nouveau prêt d’un milliard d’euros. Parmi les conditions posées par nos médecins pour l’octroi de ces fonds: la levée d’un moratoire sur les saisies immobilières qui évite encore à quelques dizaines de milliers de personnes surendettées de se retrouver à la rue. De quoi provoquer une “guerre civile” disent certains observateurs. Le moratoire est en effet l’ultime bouclier pour des familles frappées par le chômage, galopant au rythme de la récession, ou des retraités dont les revenus ont déjà fondu de près de moitié sous l’effet des purges d’austérité précédentes.

Pourquoi cet acharnement des représentants des créanciers de la Grèce, qui ne doivent sans doute pas être plus cruels que tout un chacun? Parce que le moratoire protégeant les plus pauvres menacerait le redressement des banques grecques qui ne peuvent recourir à la saisie des biens impayés pour se refinancer, nous expliquent-ils. L’air est connu. Il faut sauver les banques pour redresser l’économie. Comme il fallait impérativement sauver les banques en 2008 pour éviter un krach financier qui aurait menacé l’économie réelle… La situation de l’économie réelle n’a depuis fait que se dégrader, mais les banques affichent à nouveau des profits insolents. Cherchez l’erreur!

Visiblement, les leçons de l’histoire ne valent pas pour le FMI ou la BCE. Il y a quelques mois, leurs propres experts, certains d’entre eux en tout cas, reconnaissaient qu’ils s’étaient trompés dans leurs calculs, et que la purge d’austérité qu’ils avaient imposée à quelques pays comme la Grèce, avait été trop violente. Que le remède avait été pire que le mal, et que la réduction trop brutale des dépenses publiques avait aggravé durablement la récession dans ces pays, en réduisant drastiquement la demande. Cela ne les empêche pas d’en rajouter une couche! Pour eux, la première vertu en économie reste apparemment la persévérance… fût-ce dans l’erreur!

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