En Françafrique… plus de droit à l’échec!

Quelle mouche a piqué François Hollande pour qu’il lance une seconde intervention militaire sur la terre d’Afrique, après celle du Mali ? Aurait-il imaginé de marquer ainsi son passage à l’Elysée par un activisme militaire échevelé, une posture de général en campagne…  faute d’atteindre les objectifs économiques et sociaux qu’il s’était fixés ?

Au Mali, la situation était et reste complexe. Un pouvoir central à reconstruire, une minorité touareg rejetée par la majorité noire, un processus démocratique très fragile, une armée toujours à deux doigts du coup d’état, une montagne truffée de planques d’Al Qaeda au Maghreb Islamique… La mission de l’armée Française est encore loin d’être accomplie. Mais ce n’est rien à côté de ce qui l’attend en Centrafrique. Au Mali, l’ennemi est identifié, c’est l’intégrisme islamique qui menace de prendre racine dans cette région qu’on appelle déjà le Sahelistan. En Centrafrique, le danger est partout. Ce sont les milices musulmanes ex-Seleka, proches du président intérimaire Djotodia, qui ont ces dernières semaines massacré leurs opposants chrétiens, et que les Français ont désarmé en priorité. Mais ce sont aussi de façon symétrique les milices d’autodéfense chrétiennes, « anti-balaka » qui profitent du désarmement de leurs ennemis, pour massacrer leurs familles à leur tour. Sans parler de l’ignoble Joseph Kony, poursuivi pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, dont “l’Armée de Résistance du Seigneur” connue en Ouganda pour ses massacres, viols et enlèvements d’enfants transformés en assassins de leurs propres familles, aurait trouvé refuge pour partie dans le nord-est du pays. Et pour diriger le pays, un président intérimaire qui n’est qu’un chef de bande parmi d’autres, et ne jouit plus d’aucun crédit dans un pays, menacé par la crise alimentaire, dont des dizaines de milliers d’habitants vivent dans des camps de déplacés, fuyant cette sale guerre, dans laquelle les milices d’apprentis soldats ne connaissent qu’un ennemi: les civils.

Que viennent faire nos soldats dans cette pétaudière inextricable? Sécuriser le pays, préparer des élections démocratiques, et éviter que la région ne devienne un sanctuaire pour les terroristes de tout crin, nous dit le gouvernement. Mais les risques sont immenses. Celui qui menace nos soldats, on l’a vu dès le premier jour de l’intervention avec deux décès. Celui de d’enlisement dans une interminable mission de police dont l’objectif, la sécurisation du pays, s’éloignerait sans cesse. Le risque politique de se retrouver seul arbitre des rivalités entre clans rivaux incapables d’accepter un minimum de règles démocratiques. Le risque enfin d’être isolé au niveau international dans deux actions militaires solitaires, qui arrangent tout le monde, mais dont tous se lavent les mains. Si ce n’était qu’une foucade de président en difficultés sur le plan intérieur, elle pourrait donc être bien cher payée…

Hier aux Invalides dans, son éloge funèbre de nos deux soldats, Hollande s’est justifié en affirmant que c’était « l’honneur de la France » que de voler au secours de la population de Centrafrique. La Président a la conviction que ce qui est en question, en Centrafrique comme au Mali, c’est notre responsabilité historique. Une responsabilité liée autant à la période coloniale, qu’aux barbouzeries en tout genre perpétrées depuis l’indépendance, au nom de la sainte défense de nos intérêts en Françafrique.

C’est sans doute vrai. Mais justement à cause de l’histoire… si on choisit d’y aller, on n’a plus de droit à l’échec.

 

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