De la réticence à se tirer une balle dans le pied…

C’est une évolution importante. En adoptant la loi sur le non-cumul des mandats, qui interdit de cumuler la direction d’un exécutif local avec un mandat national, les députés ont tourné une page de l’histoire de la cinquième république. C’était une promesse de Hollande. Le texte a été adopté par une majorité de députés de gauche. Mais pas que. En dépit de la guérilla, très légale, menée au parlement par la droite contre ce texte, quelques députés de l’UMP ou de l’UDI ont voté pour ou se sont abstenus. Et c’est heureux. Il aurait été navrant que l’adoption de ce texte se solde une fois de plus par un affrontement gauche-droite.

Les états d’âme n’étaient d’ailleurs pas qu’à droite. Au Sénat, la gauche elle-même, a voulu jusqu’au bout faire obstruction au texte, et tenté de modifier la loi pour mettre les sénateurs-maires à l’abri! L’Assemblée a eu le dernier mot, et c’est tant mieux. Mais les responsables de l’UMP ont déjà annoncé, qu’ils s’empresseraient, en cas de victoire en 2017, d’abroger le texte en urgence, avant qu’il ne s’applique. Navrant! Et personne n’a encore osé mettre sur le tapis la limitation du nombre de mandats successifs des potentats locaux… qui est pourtant tout aussi indispensable.

Le débat aura révélé une fois de plus la difficulté qu’ont les élus à accepter l’inévitable modernisation de la vie politique. On avait vu il y a quelques mois la levée de bouclier, cette fois de la gauche, lorsque le gouvernement Fillon avait tenté de réduire le nombre des élus locaux en créant le mandat de conseiller territorial, à la place des conseillers généraux et régionaux, réforme qui constituait un progrès vers plus de transparence et de fluidité de la vie politique locale, et permettait de faire des économies sensibles. Les élus PS se sont empressés, dès leur arrivée au pouvoir, d’annuler la réforme territoriale en question.

C’est maintenant au tour du président socialiste de préconiser la simplification de ce mille-feuilles administratif que tous dénoncent depuis des années, gauche et droite réunies… pour autant que l’on n’y touche pas! Déjà UMP et Front de gauche s’insurgent contre un projet de fusion des départements de la petite couronne parisienne, alors même que la loi vient de créer l’échelon administratif de la métropole, évidemment plus pertinent à l’heure de la mondialisation. Et bien sûr les élus des départements concernés, 92, 93 et 94, qu’ils soient PS, UMP ou PC seront en première ligne du combat contre la fusion.

Le projet de réforme administrative annoncé par François Hollande lors de sa conférence de presse, devrait donc souffrir dans sa réalisation du même handicap que les précédents: il devra être adopté par des élus, condamnés pour l’occasion à se tirer une balle dans le pied. Et l’on entendra les mêmes arguments qu’à propos du non-cumul des mandats. Les élus de tous bord invoqueront, comme hier, leur nécessaire enracinement local, l’enjeu de la connaissance du terrain, la proximité avec les électeurs, le risque du pouvoir absolu des appareils politiques nationaux, bref… la défense de la démocratie, qui se confond avec celle de leurs mandats. Logique puisque finalement… la démocratie c’est eux!

 

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