Expulsions: la course à l’échalote

C’est qui qui en a fait le plus? C’est moi dit Claude Guéant le dernier ministre de l’intérieur de Nicolas Sarkozy: 9000 de mieux que mon successeur. A moins que ce ne soit Hortefeux un de ses prédécesseurs, qui s’active à préparer le retour de son seigneur et maître, et n’avait pas non plus de mauvais scores en matière d’expulsions.

Pas du tout, rétorque l’élève Valls, au premier rang depuis l’élection d’Hollande: les autres ont triché, truqué leurs chiffres… mais moi j’expulse en vrai! Mes expulsés ne sont pas bidon comme ceux de la droite, qui renvoyait les européens chez eux en sachant très bien qu’ils allaient revenir, qui les payait même pour partir, en particulier les roms. Moi je paye moins, nous dit-il, et donc j’ai des chiffres plus faibles, mais ça coûte moins cher. Ouf! On est rassuré. C’est en raison de la crise qui secoue l’Etat que notre ministre de l’intérieur fait moins bien que son prédécesseur… Mais la droite, bien sûr n’y croit pas, et l’accuse tout simplement de laxisme.

Au moment d’expulser le sans-papier la main de Manuel Valls tremblerait. En somme il n’aurait pas les… tripes, indispensables quand on règne sur l’Intérieur. Vexé, blessé dans son honneur, il se défend, argumente, déballe les chiffres, se débat comme un taureau… Pathétique! Pour Jean-François Copé et ses compères de l’UMP, le plaidoyer de Manuel Vals est du pain béni. Ils appellent tout simplement à sa démission. Et ils ont bien raison. Puisque l’homme semble lui-même persuadé que la qualité d’un ministre de l’intérieur se mesure à l’aune des reconduites à la frontière, il devrait reconnaître son échec !

Mais qu’on aurait aimé qu’il nous explique que si l’on a moins expulsé, c’est parce qu’on a essayé d’être plus humain que par le passé… Qu’on a tenté, même si c’est difficile, de prendre un peu plus en compte les situations personnelles les plus dramatiques. Rêvons un peu… le ministre de l’intérieur de François Hollande aurait même pu nous expliquer que l’on a laissé systématiquement les expulsables exercer tous les recours juridiques possibles, avant de les chasser. Et que donc on est fier d’avoir fait baisser les chiffres! Qu’il faut bien peu à peu habituer nos concitoyens à cette libre circulation des hommes, qui va forcément de pair avec la mondialisation des échanges… Que les Français doivent apprendre à moins craindre l’arrivée d’étrangers en grand nombre sur notre territoire. Que le rejet de l’autre n’est jamais une réponse valable aux difficultés…

Non, trois fois non! Manuel Valls a préféré tenter de nous démontrer que malgré les apparences, ses résultats en matière d’expulsions, étaient en réalité supérieurs à ceux de la droite… Dommage!

2 réflexions sur « Expulsions: la course à l’échalote »

  1. On ne peut que constater en s’en désolant que dans ce domaine, pas de véritable changement, nos ministres perdent toujours autant de temps en communication inutile. En multipliant leur parole dans tous les médias “chauds”, ils ne font que la dévaloriser en se mettant au niveau des batailles de chiffres qui ressemblent de plus en plus à des batailles de chiffonniers.
    C’est d’autant plus dommage que c’est pour flatter l’opinion dans le sens du poil au lieu de s’en tenir aux principes sains et clairs qui avaient été énoncés au départ.

    • Bonjour Marommix… Vous avez entièrement raison, la promesse de ne pas mener une politique du chiffre est oubliée, pour un profit absolument nul.

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