Alerte générale!

Marine le Pen est en train de gagner son pari. Son mouvement est bel et bien dédiabolisé. 34% des français adhèreraient aujourd’hui aux idées du Front National, selon un sondage publié par Le Monde. Ce n’est qu’un sondage. Mais une autre publié il y a quelques jours, donnait le parti de Marine Le Pen en tête aux Européennes avec 24% des voix. Le pire est donc peut-être à venir. Si aux élections municipales, c’est surtout par sa capacité de nuisance que le FN devrait briller, le scrutin des européennes pourrait se solder par une douche froide avec une victoire de l’extrême-droite sans précédent dans notre pays. Imagine-t-on un parti d’extrême droite, nationaliste, protectionniste, populiste, anti-européen… l’emporter au pays de Schuman et Monnet? Ce serait une véritable déflagration. Et il reste peu de temps à ceux qui croient encore en l’Europe pour inverser cette tendance.

Mais le veulent-ils? On peut penser que la progression du Front National n’est pas due uniquement au talent de Marine Le Pen, ou à une soudaine aversion des citoyens français pour les valeurs de la République. Les causes sont évidemment multiples. On pourra commencer par la crise, pour ne fâcher personne. Quand tout va mal, quand l’horizon s’obscurcit, que l’on en vient à penser que nos enfants seront plus malheureux que nous, la tentation du repli, du rejet de “l’autre”, dont on finit toujours par craindre qu’il profite de notre malheur, peut sinon se justifier, du moins se comprendre. Mais la crise seule n’a pas alimenté les réservoirs de voix du Front National.

Les partis dits “républicains”, n’y sont pas pour rien non plus. Et cela ne date pas d’hier. Depuis plusieurs années, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, une partie de la droite a choisi de banaliser les idées défendues par le Front National, au nom d’un devoir de vérité. “Ils posent de bonnes questions mais proposent de mauvaises solutions…” disait-on. Par glissements successifs, certains leaders de l’UMP en sont venus ainsi à reprendre l’ensemble des thématiques du parti populiste. Désignation de l’immigré comme premier responsable de nos problèmes économiques – on n’a pas oublié le panneau de douane écrit en arabe dans le clip de campagne présidentiel de Nicolas Sarkozy- critique permanente des corps intermédiaires dont les intérêts iraient à l’encontre de ceux du peuple, dénonciation des élites coupables d’imposer une forme de “pensée unique”…

Un stade suivant fut celui de la convergence, dans la rue, entre UMP et extrême droite se retrouvant autour du refus des réformes de société voulues par la gauche et validées par les Français lors du scrutin présidentiel. Enfin, on peut dire que l’histoire s’accélère ces derniers jours, avec la tentation de l’autodafé -“je comprends que l’on veuille contrôler les livres mis à disposition dans les bibliothèques publiques” nous dit Nadine Morano-  ou la remise en question, à l’occasion d’une votation suisse, de la libre circulation des européens dans l’Union.

Mais tout cela ne fait évidemment pas de l’UMP le seul coupable de la montée du Front National. De longue date, c’est à dire depuis François Mitterrand, le Parti Socialiste a compris le parti qu’il pouvait tirer de la montée de l’extrême-droite. Pour ces municipales encore, les bons scores des émules de Marine Le Pen devraient ici où là , interdire à la droite de conquérir, ou reconquérir, certaines mairies. La tentation est donc forte d’agiter quelques chiffons rouges au bon moment, de nature à radicaliser un peu l’opposition au détriment de son expression la plus républicaine.

D’autant que plus à gauche, les alliés du PS poussent le gouvernement à en rajouter, à aller plus loin dans la rupture, et à jeter encore quelques jerricans d’huile sur le feu, pour prouver qu’il ne se dégonfle pas, qu’il n’a pas trahi la classe ouvrière et ses convictions, qu’il est prêt à bouffer du patron à tous les repas, bref qu’il en a… Et il faudrait tout de suite imposer la PMA, et la GPA, et le vote des immigrés, et sortir de l’euro -comme le réclament par ailleurs les populistes- et punir les patrons, et Angela Merkel et Obama et… tous ceux qui ne sont pas prêts à sortir un drapeau rouge de leur poche.

Les uns comme les autres jouent avec le feu. Le 25 mai prochain, nous aurons tous la gueule de bois, si nous donnons à l’Europe et au Monde le spectacle affligeant d’une nation, ayant guidé les autres vers la République et les droits de l’homme, et devenue majoritairement, au 21ème siècle, populiste, xénophobe, et anti-européenne. On pourra se remettre de beaucoup de choix plus ou moins contestables, de non-choix ou de renoncements provisoires ou définitifs, de déceptions et de frustrations, mais pas de ce résultat là!

3 réflexions sur « Alerte générale! »

  1. Maintenant lorsque l’on croise 3 personnes dans la rue il y en a une qui partage donc les idées du front national , ça fait froid dans le dos !!! heureusement à Paris il reste largement sous les 10

  2. L’Europe est devenu une technostructure qui se coupe des pays, les élus européens ont voulu faire l’Europe par dessus la tête des populations.
    Les élus nationaux se cachent volontiers derrière des obligations européennes, réelles ou fictives, quand il faut faire passer des mesures ou des taxes impopulaires. Il est logique qu’en période de crise, les populations se recroquevillent, d’autant que leurs politiques ne tracent aucune perspectives d’avenir, aucun élan, ils se contentent de se présenter en gestionnaires, et justement, depuis des années, ils font faillite en tant que gestionnaires…

    Peut-être que le vote protestataire qui va s’exprimer dans le vote lepen en France comme il va s’exprimer dans des extrêmes dans d’autres pays incitera à une remise à plat de l’Europe et de ses structures.

  3. Et si l’on inversait le propos du sondage du Monde : le Front National partage les idées de 34% des Français. Ce qui signifie que l’on aurait affaire à un grave et profond naufrage moral d’un pays dans sa globalité, dont le comportement des politiques ne seraient que l’expression, le symptôme et non la cause. Je me refuse à dédouaner ceux qui votent aux extrêmes de toute responsabilité morale, et de les présenter seulement en victimes de tel ou tel manipulateur ou démagogue – pas aujourd’hui, avec toute l’information dont chacun dispose ! En démocratie, on choisit ses princes en toute liberté, et c’est le peuple qui les met sur le trône. Un peuple aujourd’hui sans mémoire, ce qui est effarant.

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