La faute de la ministre

Bon d’accord! Ils mentent tous à un moment ou l’autre pour se tirer d’un mauvais pas. Personne n’a l’angélisme de penser que nos hommes politiques disent toujours la vérité. Il y a des mensonges d’Etat, nécessités par l’intérêt supérieur de la Nation, ou du moins l’idée qu’ils s’en font. Et puis les mensonges par omission, on nous cache tout on nous dit rien… De gros mensonges, de mauvaise foi flagrante, tellement visibles que personne n’ose finalement les leur reprocher. Des petits aussi, des tas de petites menteries quotidiennes, souvent même mesquines, qui permettent de contourner les questions embarrassantes, ou de se donner l’air de tout savoir… Mais, pourquoi celui-là?

Si l’on écarte les polémiques politiciennes, Madame Taubira est plutôt considérée comme une bonne ministre. Elle s’est sortie de guêpiers ingérables, comme le mariage pour tous, elle a tenu contre vents et Manuel Valls quelques unes des promesses du candidat Hollande, en commençant sa réforme de la justice. Son éloquence, sa pugnacité, son refus affiché des compromissions, lui attirent les ennemis, mais aussi l’admiration de beaucoup. Bref, la Garde des Sceaux, paraissait bien droite dans ses bottes. Et voilà qu’elle trébuche bêtement. Personne ou presque n’imaginait que des juges aient pu écouter l’ancien président de la République, avec l’aide, indispensable, des forces de police, sans doute aussi de quelques techniciens des télécoms, sans que l’information remonte jusqu’à elle. Sans que l’un ou l’autre informe son supérieur hiérarchique, qui lui-même…

Alors pourquoi nier? Pourquoi s’engager dans un mensonge qui ne pouvait qu’être éventé en quelques heures? Peut-être parce qu’à force de camper sur des principes, difficiles à garantir, celui de l’indépendance de la justice en l’occurrence, elle a fini par confondre intentions et réalité? Sans doute parce qu’elle n’a pas cherché à se mêler directement du travail des juges, et s’est bornée à prendre note des informations qu’on lui remontait… Evidemment parce qu’elle ne se sentait coupable de rien. Mais au final le résultat est catastrophique. Car ce mensonge là, est le mensonge de trop. Il rappelle inévitablement, dans une affaire sans commune mesure, celui d’un autre ministre, qui avait voulu cacher ses turpitudes financières. Et il entache une nouvelle fois la promesse d’exemplarité de la République qu’avait fait François Hollande au pays avant son élection. Lui Président… les ministres mentent encore!

Même si elle tente aujourd’hui de s’en sortir en disant qu’elle était au courant sans l’être vraiment, qu’elle ne connaissait ni les dates ni le contenu, qu’il y a tout au plus un malentendu… c’est une faute politique. On pourrait même dire une double faute. Car au delà du discrédit qu’elle engendre pour elle-même et son propre camp, Christiane Taubira fournit une arme formidable à l’opposition. L’incendie était dans le camp adverse, elle fournit elle-même l’extincteur. Et les dirigeants de l’UMP n’ont pas tardé à s’en saisir. Alors même qu’il est mis en cause et soupçonné de trafic d’influence, c’est Nicolas Sarkozy qui se retrouve en situation de victime, d’une affaire d’espionnage politique organisée par le gouvernement! Et c’est Jean-François Copé, hier encore empêtré dans ses factures de complaisance, qui joue le rôle du procureur. C’est triste pour Christiane Taubira pour qui la séparation des pouvoirs n’est probablement pas un vain mot. C’est une fois de plus dramatique pour le climat politique dans ce pays. On s’enfonce dans une pétaudière, où ne surnageront à la fin que les populistes.

2 réflexions sur « La faute de la ministre »

  1. Personne autour du gouvernement pour gérer la communication ? Cette spontanéité les honore mais ça fait pas très pro ! C’est peut-être une faute mais elle n’est pas suffisamment grave pour faire oubolier les turpitudes d’en face ?

  2. Mme Taubira ? L’un de mes souvenirs – c’est peut-être hors-sujet – s’est présentée en 2002 contre L. Jospin. A l’époque je n’avais pas saisi en quoi son programme était à ce point différent du premier ministre-candidat pour justifier sa propre candidature. Du coup elle est co-responsable, de mon point de vue, de la présence de J-Marie Le Pen au second tour. A tort ou à raison je la perçois comme intelligente,très travailleuse et volontaire, mais guère fiable sur le plan des valeurs républicaines (elle n’est pas la seule). A mon avis son intérêt personnel, son souci de trajectoire politique vers le “haut” prime assez souvent sur l’intérêt général. Là encore elle n’est pas isolée ; l’intérêt général est d’autre part difficile à définir ; il faut enfin être très battante pour percer à haut niveau quand on est une femme et venant de l’outre-mer (= 2 obstacles). Quand même je pense que c’est fondamentalement une individualité forte qui a joué des coudes et des opportunités, pas en revanche un «modèle républicain”

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