Quand la gauche s’autodétruit

Comment peut-il desserrer l’étau? Rarement Président de la République aura semblé dans une telle impasse. Avant même de connaître le résultat du deuxième tour, l’équation était connue. Et la solution improbable.

Elan brisé

Premier constat: l’élan qui avait porté Hollande à l’Elysée est brisé. Sans doute de façon inexorable. Or sans élan, on ne peut créer dans le pays les dynamiques nécessaires aux réformes. Les espérances dont le Président avait été porteur, ont fini par être déçues. Et c’est un paradoxe. Le gouvernement d’Ayrault a fait des réformes, plutôt nombreuses. Une grande partie des engagements de campagne de Hollande ont été tenus, même s’il y a eu des oublis en chemin. Sur ce qui était annoncé comme le principal marqueur du quinquennat, le mariage pour tous, le cap a été tenu, contre la droite et l’extrême-droite, contre la rue catholique. Mais aussi contre tous les maximalistes : les militants de la cause gay qui voulaient aussi et la PMA et la GPA. Les militants tout court que l’on trouve à sa gauche ou au sein même du Parti Socialiste, qui sont convaincus qu’un gouvernement “social-libéral” , comme ont dit maintenant, ne peut que trahir leurs aspirations, c’est à dire, excusez du peu, celles du peuple.

Et la litanie des trahisons s’allonge. La politique d’immigration? Trahison! La preuve: on a continué à expulser autant qu’avant. Et le gouvernement se trouve sur ce sujet comme tant d’autres face à la double accusation: laxiste pour la droite et l’extrême droite, sarkozien pour la gauche. Evidemment, pas un des contempteurs de gauche de la politique menée par Manuel Vals n’a de solution à proposer. Tous admettent qu’on ne peut pas accueillir tous les migrants du monde, mais tous exigent qu’on cesse d’expulser… Facile, y a qu’à ! Comme si un gouvernement de gauche n’était pas là pour gérer, mais pour faire vivre les rêves.

C’est ainsi, sous l’accusation d’avoir trahi la classe ouvrière, sous la pression de députés socialistes qui trouvaient le projet trop favorable aux entreprises, mais aussi avec la crainte de décourager les investisseurs, que le gouvernement à bricolé tant bien que mal un texte bancal sur les licenciements boursiers. Le résultat est connu. Le conseil constitutionnel l’a renvoyé à ses études, et la cote de crédibilité du pouvoir, déjà au plus bas, s’est encore enfoncée.

Houlette inconsistante

Aujourd’hui tous les voyants sont au rouge ! Les électeurs de gauche boudent les urnes, laissant le champ libre à ceux du Front National. Le gouvernement espérait une reprise économique ? Elle montre le bout de son nez, mais la situation de l’emploi se dégrade encore. Le pacte de responsabilité, sur lequel mise François Hollande pour inverser enfin la courbe du chômage, est dénigré autant à sa gauche qu’à sa droite. Et les ministres, dont on ne compte plus les dérapages, contradictions, et tergiversations, affichent pour certains une indigence désolante : à la veille du second tour, c’est la qualité des repas à l’Elysée qui défraye la chronique.

Avant le premier tour il paraît que l’entourage du président se demandait s’il était nécessaire de changer de premier ministre. A la veille du second, la vraie question était : est-ce qu’un changement de premier ministre peut encore enrayer la spirale auto-destructrice dans laquelle se trouve pouvoir.

Hollande est arrivé à l’Elysée avec un déficit d’autorité. Dénigré et moqué au sein même de son parti. Deux ans après, il n’a toujours pas repris, ou simplement pris la main. Le Parti socialiste sous la houlette inconsistante d’Harlem Désir, est une pétaudière ballotée par la tempête. Et le premier-ministre n’a toujours pas convaincu qu’il était plus qu’une doublure du président.

Mais il reste trois ans à tenir. Trois ans à tirer ! Qui ne pourront pas être dans la continuité des deux premières années du quinquennat. Hollande va devoir résoudre la quadrature du cercle. Briser l’étau dans lequel il s’est enfermé. Le « Président normal » c’était hier. Aujourd’hui, il va devoir prouver qu’il est le patron. Qu’il est capable de tenir la barre, seul ou presque dans la tempête. Contre tous s’il le faut. De mener une politique qui conduit le pays quelque part, même si ce n’est pas tout à fait la destination prévue initialement. Même au milieu des quolibets venus de sa gauche comme de sa droite. Même au plus bas dans les sondages. Pas pour être réélu, on n’en est évidemment pas là. Mais juste pour éviter que la situation du pays ne se dégrade encore malgré lui.

2 réflexions sur « Quand la gauche s’autodétruit »

  1. Entre le premier et le second tour, il faut bien reconnaitre que ministres comme représentants de gauche ont été d’une nullité crasse quand ils n’étaient pas tout bonnement absents du débat.
    On pourrait même se demander s’il y a eu débat, beaucoup d’invectives mais peu d’arguments, on croirait que le débat est rejeté aux périodes d’élections présidentielles, il en résulte un appauvrissement général et une caricature de débat, l’opposition flingue à tout va toutes les décisions de la majorité, pendant que la majorité louvoie sur sa minuscule marge de manoeuvre, et tous les 5 ans, on intervertit les rôles…

  2. 2017 : perdu pour perdu, autant continuer les réformes nécessaires pour que le pays retrouve de la croissance et des emplois et des comptes plus équilibrés pour être loué par les historiens dans 15 ou 20 ans ! A moins que les allemands acceptent les mesures proposées par le courageux et intrépides Matteo Renzi ! C’est dans l’intérêt de l’Allemagne de ne pas laisser s’écouler la France et l’Italie ; un peu (plus) de “quantitative easing” de la part de la BCE pour fluidifier les réformes et le tour est joué ! Et cela fera taire les anti-européens primaires et viscéraux !

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