Comme d’habitude, c’est non!

Le projet de réforme est à peine connu… Et c’est la volée de bois vert attendue. Il y a d’abord la droite, qui oublie qu’elle fut elle-même à l’origine d’un projet de regroupement régional. Mais c’était différent! Fillon proposait en 2009 une fusion des régions “sur la base du volontariat”… On attend d’ailleurs encore les volontaires. La réforme Hollande n’a rien à voir, elle a été “dessinée sur un coin de table”, à la va-vite, sans concertation… Bref, comme d’habitude Hollande est nul!

Et comme d’habitude, la droite n’est pas seule à le dire. Côté Front de Gauche les mots sont encore plus durs que ceux de la droite. Mélenchon avec le sens de la mesure qu’on lui connait dénonce “les nabots” qui jouent à redécouper la France et veulent “démanteler la République”. Rien que çà! Les écolos dénoncent l’impréparation du projet, ça ne mange pas de pain, et les centristes sont évidemment pour la réforme, mais une autre, comme toujours. Ajoutons à ces refus, le rejet par avance d’une partie des patrons de régions, socialistes, dont aucun, apparemment, n’est pleinement satisfait, dont chacun aurait accepté sans problème une autre fusion, avec une autre région, dans d’autres conditions, en commençant par ceci ou par cela… mais pas ce projet là! Et l’on revient à la case départ: il est impossible de réformer la France.

Pourtant, on ne peut pas dire que ce projet n’ait pas été préparé. Il correspond peu ou prou aux préconisations de trois rapports successifs. Pondus par des personnalités de différents horizons: Jacques Attali, Jean-Pierre Raffarin, Pierre Mauroy et Edouard Balladur. Mais qu’il y a loin de la coupe aux lèvres! Pour faire capoter le projet tous les arguments sont bons. Les petits barons régionaux dénoncent la création de “grandes baronnies”, dont on comprend qu’elle vont les priver d’une partie de leur petit pouvoir. Le prétexte officiel étant de faire des économies, chacun démontre qu’il n’y en aura aucune. Au contraire, cela pourrait même coûter plus cher, puisqu’il faudra aligner les salaires d’une région à l’autre vers le haut, nous explique l’un… et embaucher de nouveaux fonctionnaires pour compenser les distances à parcourir affirme un autre… Et pourquoi 14 et pas plutôt 12 ou 7, ou 20? Bref le projet dont Hollande attendait, dit-on, qu’il le relance dans l’opinion est bien mal né.

Qu’aurait-il fallu faire? Ouvrir une concertation avec les élus jusqu’à ce qu’il y ait un consensus sur le sujet? C’est ce que préconisait Fillon, on a vu le résultat. Les élus ne sont jamais prêts à renoncer de bon cœur à l’une seule de leurs prérogatives. Faire un référendum? Aucune chance d’aboutir, la consultation serait devenue un plébiscite pour ou contre Hollande. Si l’on admet qu’il est nécessaire de procéder à la simplification du mille-feuilles administratif français, il  n’y avait pas d’autre méthode. Si l’on veut bien considérer que la dissémination des compétences entre Régions, Départements, communes, communautés de communes, pays, agglomérations… représente un coût important pour la France, en double-emplois, perte de temps et d’énergie, blocage de projets… il n’y avait pas d’autre méthode. Et peu importe si telle fusion eut paru plus judicieuse que telle autre, il fallait imposer un point de départ.

Maintenant que le redécoupage est proposé, il faut aller plus loin. Le gouvernement a promis d’accepter les modifications qui feront consensus. Que les élus qui regrettent de n’avoir pas été plus consultés s’entendent entre eux pour améliorer le projet! Ce sera évidemment plus difficile que de trouver un consensus pour le démolir. Mais c’est ainsi que les choses pourront avancer. Ensuite, pour que tout cela ne reste pas un gadget, il faudra organiser un véritable transfert de compétences vers les régions, d’une part, vers les communautés de communes, agglomérations ou métropoles d’autre part, en préparant la disparition des départements. Pour être plus efficace dans le développement économique, tout en maintenant le lien de proximité avec les citoyens. Et puis, il ne faudra pas perdre de vue l’objectif d’économies. Pour éviter le reproche de jacobinisme qui est fait au gouvernement, le parlement devrait légiférer pour imposer aux nouvelles régions une réduction significative du montant obtenu par addition des budgets antérieurs. En fixant un pourcentage minimum d’économies, le législateur laisserait chaque région libre de ses choix, et garantirait la bonne fin de la réforme.

L’enjeu est là, démontrer qu’à l’instar d’autres pays, on peut avoir des politiques publiques plus efficaces, à moindre coût, sans sacrifier nos services publics. Tous les hommes politiques, ou à peu près, disent le souhaiter ardemment… A un moment, il faut le faire! Et cesser de tergiverser.

 

 

 

2 réflexions sur « Comme d’habitude, c’est non! »

  1. A défaut d’économies immédiates, si la nouvelle organisation territoriale permettait de faire beaucoup mieux avec autant d’argent, cela serait déjà une grande avancée. Les économies viendront après tout naturellement avec le renouvellement des agents.

  2. « L’immobilisme est en marche et rien ne peut l’arrêter. » Edgar Faure.
    Et pourtant proclamait Héraclite il y a 25 siècles : ” Tout coule, l’homme ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ! ”
    Malheureusement, il n’y a pas que le fleuve qui coule !

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