Jours de désespoir

Une vision d’apocalypse! Sur une chaîne télé, un champ de débris humains quelque part aux confins de l’Europe. Sur une autre au même instant, ou presque, quatre enfants fauchés par un obus sur une plage de Gaza. Les premiers voulaient partir en vacances. Les gosses jouaient pour oublier qu’ils vivent dans un ghetto assiégé. Ailleurs encore, à Mossoul, en Irak, un cortège d’hommes, femmes et enfants, contraints de quitter leur maison, d’abandonner leurs biens, parce qu’ils sont chrétiens. Sur leur maison on a peint un “N” qui signifie nazaréen. “On”, ce sont les islamistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant qui sont en train de créer leur “califat” à cheval sur l’Irak et la Syrie, et ont donné quelques dizaines d’heures aux chrétiens pour s’enfuir. Les soldats chiites de l’armée irakienne eux n’ont pas eu la chance de pouvoir fuir, 1700 d’entre eux, prisonniers, ont été passés par les armes. Bien sûr il n’y a rien de commun entre les terroristes d’Irak, ceux du Hamas, les soldats de Tsahal, et ceux d’Ukraine ou de l’armée séparatiste pro-russe de Donetsk. Juste une même lassitude, une même épouvante, face à un monde qui semble délibérément tourner le dos au progrès. Le vrai, pas celui qui permet aux antisémites et islamophobes de tout crin d’inonder internet de leurs messages de haine depuis quelques jours. Pas celui des marchands d’armes qui peuvent maintenant mettre à la portée de n’importe quel groupuscule haineux, la capacité de faire exploser un avion civil à 10000 mètres d’altitude, d’envoyer une roquette depuis Gaza jusqu’à Tel-Aviv, ou un missile téléguidé sur la maison d’un ennemi, anéantissant d’un coup sa famille, ses amis, et ses voisins qui le connaissaient peut-être à peine… Non, le vrai progrès, celui qui rapproche les hommes. Qui les aide à mieux vivre. A maîtriser leur environnement. Ce progrès qui semble aujourd’hui chimère!

Interdit de manifester pour la paix!

Quel est cette spirale dans laquelle nous sommes engagés, avec la complicité des pouvoirs publics et des médias et le concours d’internet, qui progressivement retirent la parole à ceux qui prétendent agir, là où ils sont, pour faire avancer la cause de la paix, du mélange des cultures, de la mixité sociale, et ouvrent grand leurs mégaphones aux vociférations des prédicateurs de haine, aux étroits d’esprit qui refusent les droits les plus fondamentaux à ceux qui ne leur ressemblent pas ? Il est plus facile de faire cinq minutes d’antenne dans un journal télévisé en menaçant de vendre au marché aux esclaves des lycéennes enlevées dans leur école du Nigéria, qu’en plaidant pour la paix en Palestine. En coiffant un bonnet rouge, plutôt qu’en plaidant pour la transition énergétique. On interdit à Paris de manifester pour la paix, pour éviter que le défilé puisse éventuellement servir de prétexte à une confrontation des semeurs de violence. A Jérusalem, les défenseurs de la paix, juifs comme arabes, doivent s’effacer devant la logique de guerre. Le fracas des armes couvre leurs pauvres mots. En Syrie, il y a longtemps que ceux qui se battaient juste pour obtenir la liberté, le droit de vivre dans un pays démocratique, ont été submergés, faute d’avoir été entendus, par la vague vociférante des islamistes hystériques. Les apôtres du rejet de l’autre, juif, arabe, musulman, chiite, sunnite, chrétien, ukrainien ou russophone… sont en train de prendre la main. D’imposer leur logique. De faire taire les autres! Jusqu’à remettre en question nos libertés fondamentales, le droit de manifester par exemple. C’est triste et effrayant. Il va falloir d’urgence se ressaisir si nous ne voulons pas abandonner ce monde, notre monde, aux semeurs de haine.

 

 

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