Le bûcher cathartique

Et si nous étions déjà entrés dans le dénouement de la cinquième république. Dont la destruction a démarré avec Nicolas Sarkozy, et son exercice caricatural du pouvoir personnel, et dont Hollande serait finalement le roi malgré lui. La fin du carnaval. Le clou d’une dramaturgie bien française dans laquelle on réinvente sans cesse la monarchie depuis deux siècles et dont le passage à la guillotine d’un roi n’a pas suffi à nous débarrasser. La fin du défilé des présidents de droit divin, régnant sur une cour entièrement soumise à eux, imposant leurs humeurs à des assemblées chambres d’enregistrement, se faisant élire sur des promesses qui ne les engagent pas, bénéficiant d’une impunité totale, jouissant de leur pouvoir sans entrave ou presque.

En narguant la terre entière, du haut de son piédestal élyséen, Sarkozy avait ouvert les vannes de la désacralisation présidentielle. La vie démocratique tournait au one man show assumé, et focalisait sur sa personne toutes les frustrations, les enjeux, les colères,  causant finalement sa perte. En s’auto-décretant “président normal”, Hollande croyait prendre le contre-pied, mais il légitimait en quelque sorte la chasse à courre, sonnait lui-même l’hallali, annonçait la fin du spectacle, puisque le prince était déjà mort.

C’est l’heure du bûcher cathartique. Il faut brûler le roi pour que la fête soit complète, et que l’on puisse passer à autre chose. Et chacun y va de son petit ou gros bois. Les opposants officiels bien sûr, qui restent dans leur rôle jusqu’au final, ont eux-mêmes un roi déchu à venger et ne sont paradoxalement pas les plus violents. Et puis les autres, tous les autres. Tous ceux qui ont une ou des frustrations à purger. Les orphelins de la révolution. Ex-communistes, n’ayant pas pu digérer la chute de leur citadelle idéologique, et qui recherchent un exutoire. Gauchistes d’hier dévorés par la nostalgie d’un “grand soir” qui ne viendra plus. Experts en tout genre, qui tentent de faire oublier leur impuissance à prévoir les évolutions de notre monde, en pérorant doctement sur l’incapacité du pouvoir à les maîtriser. Journalistes malades de décennies de complaisance pour les puissants, et qui ont eux aussi besoin d’une purge libératoire pour réhabiliter leur parole. Jusqu’à l’ex-épouse, ou assimilée, qui pour se reconstruire apporte sa bûche vengeresse au feu purificateur. Haro sur le président normal!

Sur quoi débouchera cette gigantesque séance de catharsis? Sur la destruction d’un homme, on peut l’imaginer, sans s’en émouvoir outre mesure puisqu’il a lui-même choisi le rôle, et l’a conquis de haute lutte. Plus grave sans doute, sur une aggravation des problèmes du pays: pendant l’incendie, alors que chacun jette son huile personnelle sur le feu, la crise continue, et s’aggrave peut-être! Sur un changement de régime? Probablement, à plus ou moins court-terme, la mascarade monarcho-présidentielle a sans doute assez duré. Mais inévitablement aussi sur le renforcement des plus extrémistes, ceux qui depuis des années font leur beurre de la dénonciation du système, et se nourrissent des frustrations de tous pour alimenter leur commerce de la haine.

5 réflexions sur « Le bûcher cathartique »

  1. Bravo, Michel, pour cette analyse fine et remarquablement écrite. Ma foi, les perspectives ne sont pas bien réjouissantes, comme tu le conclues. Dans tout ça, je trouve que nos éminences ont perdu tout sens de la dignité et c’est sans doute dommageable..

  2. Bel édito ! Mais le pire n’est jamais sûr. Il y a de la place pour refonder notre démocratie en dehors du populisme. Pas facile mais on n’a d’autre choix que d’y croire…

  3. j’espère que beaucoup de politiciens liront ce remarquable état des lieux…
    oui y en a assez de ces intouchables hommes politiques qui n’ont d’yeux que pour leur propre avenir,et tous les avantages qui vont avec ! vers qui allons nous nous tourner, honnête, intègre, compétent, ….

  4. Comment opérer ce passage à une autre république dans la mesure où celle qui a été taillée sur mesure pour un personnage hors du commun _ De Gaulle _ ne l’est plus pour des présidents “normaux” ? qui va initier cette demande de révision de notre constitution sachant que toute réforme de la Constitution devra être soumise à référendum et que, comme toujours, une majorité de français, manipulée et par peur du changement, dira “Non” à celui qui posera la question sans même l’avoir lue ? Si même, un groupe constitué autour de Juppé, Hollande et Bayrou fait une proposition en ce sens, on imagine les éructations populistes et systématiquement oppositionnelles des Mélenchon, Le Pen contre le projet UMPS ! La France est un nid d’apories insurmontables !

  5. Peut être que la solution ou une des solutions serait de revenir à la constitution de 1958, telle qu’elle était appliquée avant 1961 et avant qu’un personnage “exceptionnel” ne l’adapte à son envergure?
    un président garant des institutions et élu par un collège de grands électeurs comme aux origines de la constitution de 1958 correspondrait peut être plus à une république moderne et passée du septennat au quinquennat, à moins qu’on ne décide de supprimer le premier ministre.

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