Universalité ou équité?

C’est une “trahison” selon certains, un “scandale pour d’autres”, Une remise en question du pacte national sur la politique familiale, qui menace “notre cohésion nationale, selon François Fillon. Sans surprise, Marine Le Pen aurait préféré que l’on supprime les allocations aux étrangers, plutôt que de raboter celles des Français. Plus surprenant, les syndicats, à l’exception de l’Unsa dénoncent également la modulation des allocations familiales. Pourquoi cette levée de boucliers? Parce que la mesure remet en cause le principe d’universalité, principe fondateur de la sécurité sociale. Et alors?

D’abord il n’est pas scandaleux de s’interroger en 2014 sur la validité de dispositifs datant de 1945, même lorsqu’ils concernent la sacro-sainte politique familiale. Et cela même si toute remise en cause de la protection sociale submerge d’angoisses les syndicats. Ensuite, le principe d’universalité n’est pas forcément à placer au dessus du principe d’équité qui est tout aussi fondamental. En période de réduction générale des prestations sociales, et cela ne fait probablement que commencer, c’est évidemment l’équité qui doit prévaloir. Et la modulation de la solidarité nationale en fonction des besoins parait répondre au souci d’équité.

Deuxio l’universalité de la couverture sociale est déjà battue en brèche par la prise en charge croissante des dépenses de santé par les mutuelles, consécutive aux plans de déremboursement successifs des soins. Nous avons déjà, de fait, malgré la création récente de la CMU, une protection sociale à plusieurs vitesses, selon les revenus. Du coup, on a du mal à suivre les responsables de l’UMP qui dénoncent la trahison des principes fondateurs de la sécurité sociale, alors même que Nicolas Sarkozy ou François Fillon n’ont jamais dissimulé leur souhait d’accroître le rôle des assurances privées pour alléger la charge qui pèse sur la sécu. On se souvient d’ailleurs que le projet de loi sur la dépendance préparé par l’UMP et jamais mené à son terme, envisageait la souscription obligatoire pour tous d’une assurance privée couvrant le risque dépendance.

Reste l’argument de fond: le risque de nuire à la formidable vitalité démographique de la France ! Qui peut croire que ce sont les allocations qui font la natalité?

On ne peut donc que se réjouir de cette remise en question des dogmes de 45. D’autant qu’au même moment le Conseil d’Etat recale le stupide décret supprimant les bourses au mérite attribuées, sur critères sociaux, aux bacheliers obtenant la mention très bien, et qui prétendait redistribuer l’argent ainsi économisé à tous les étudiants boursiers de façon égalitaire et… universelle. Les magistrats ont estimé que priver des étudiants dans le besoin de leurs allocations au nom de l’universalité n’était pas non plus très équitable.

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