L’entêtement coupable du gouvernement israélien

Petit à petit on se rapproche d’une troisième intifada. Les attentats terroristes, attaques à la voiture bélier ou au couteau, se succèdent, de même que les affrontements entre l’armée et la jeunesse de Jérusalem ou les attaques contre les lieux de culte. Une fois de plus la Palestine est au bord du chaos. Une fois de plus Israël accuse les Palestiniens en général et le Hamas en particulier d’être responsable du surcroit de tension. Mais une fois encore on doit bien constater que le gouvernement israélien poursuit sans états-d’âme sur la voie de la politique du pire.

Le pire, ce sont à nouveau des constructions annoncées à Jérusalem-Est. Dans ces ghettos bunkerisés que sont les quartiers juifs, protégés de la rue palestinienne par murs, barbelés, et escouades de militaires. Mais le pire, c’est aussi, comme avant la deuxième intifada, la remise en question du statut de l’esplanade des mosquées. Au mois de septembre 2000, c’est la visite du chef du Likhoud, Ariel Sharon, sur l’Esplanade des Mosquées qui avait mis le feu aux poudres. Ces dernières semaines, c’est la volonté d’extrémistes juifs de prier sur l’esplanade, en dépit l’accord de 1967 qui place le site sous la responsabilité de la Jordanie, et y interdit la prière pour les non-musulmans, qui a déclenché les affrontements.

Le problème c’est que l’esplanade des mosquées qui est attenante au Mur des Lamentations, haut-lieu de la religion juive, a, comme la plupart des sites dans cette zone, une double histoire. Si elle constitue le troisième lieu saint de l’Islam, après La-Mecque et Médine, elle est aussi le site du deuxième temple juif détruit par les romains en l’an 70. Pour les juifs, donc, l’Esplanade des Mosquées s’appelle Mont du Temple. Et la confusion alimente tous les phantasmes. Les juifs les plus extrémistes militent pour la destruction de la mosquée Al Aqsa et la construction à la place d’un troisième temple juif, dont on peut trouver la maquette dans un musée de Jérusalem. Dans la rue de Jérusalem-est on affirme que l’on entend la nuit des bulldozers creuser sous la mosquée, pour miner ses fondations et préparer son effondrement… Mais jusqu’à présent, au delà de quelques attaques d’illuminés, le statu-quo permettait d’éviter les dérapages. C’est ce statu quo qui permet tant bien que mal une cohabitation des religions, que les Palestiniens et les Jordaniens craignent de voir remis en cause par le gouvernement de Netanyahu, sous la pression de l’extrême-droite qui lui assure une majorité.

Bien sûr derrière l’activisme religieux, se profile la tentation du “grand Israël”. L’idée folle et sans issue d’une reconquête par le biais de la colonisation de l’ensemble de la Palestine. Idée folle parce qu’elle mène inévitablement à une guerre éternelle. Projet sans issue, parce que les juifs qui représentent aujourd’hui 80% de la population d’Israël et environ 50% de la population de l’ensemble Israël plus territoires palestiniens, y deviendraient à terme minoritaires.

Pourtant le gouvernement israélien n’en finit plus d’intensifier la colonisation des territoires aujourd’hui, partiellement, sous la responsabilité de l’autorité palestinienne, de les découper, les parcelliser, les miter, pour que ne subsiste plus rien in fine de cet Etat hypothétique ,que les Palestiniens et la communauté internationale appellent de leurs vœux. Alors, existe-t-il encore un moyen d’enrayer cette spirale infernale. De dissuader le gouvernement israélien de poursuivre sur la voie du pire? A la fin du mois, le parlement français se prononcera sur la reconnaissance ou non de l’Etat de Palestine. Un vote symbolique qui dira une fois de plus aux Israéliens que la communauté internationale désapprouve son attitude.

Mais Netanyahu paraît insensible à la réprobation internationale. Seul une pression forte de son premier allié, les Etats-Unis, qui soutiennent financièrement et militairement Israël, pourrait avoir un effet sur sa politique. Or Obama a jusqu’ici démontré largement son impuissance, ligoté qu’il est, ou s’imagine être, par les pressions intérieures. Au Conseil de Sécurité de l’ONU, les Etats-Unis bloqueront donc toute possibilité de sanction d’un Etat qui viole pourtant plusieurs de ses résolutions exigeant un arrêt de la colonisation.

L’Europe, par la voie de sa nouvelle responsable de la diplomatie, Federica Mogherini, vient de rappeler son attachement à la création d’un Etat palestinien, seule la Suède ayant franchi le pas de la reconnaissance symbolique. Mais l’Europe en tant que telle n’a jamais su peser sur le conflit au Proche-Orient, pas plus d’ailleurs que sur toute autre situation de crise internationale. Reste l’action des citoyens. Ceux d’Israël d’abord, dont un grand nombre, regroupés dans des associations, comme “La Paix Maintenant” se battent pour la paix et l’arrêt de la colonisation et dénoncent la “judaïsation” de Jérusalem Est. Ceux des autres pays aussi dont certaines associations appellent à boycotter les produits venus des colonies israéliennes en Palestine.

C’est sans doute la seule chose que craignent vraiment les dirigeant israéliens, que les initiatives associatives de boycott finissent par contaminer les gouvernements occidentaux et conduire à un isolement progressif de leur pays, à la manière de celui qui contribua à venir à bout de l’apartheid en Afrique du Sud.

3 réflexions sur « L’entêtement coupable du gouvernement israélien »

  1. M. Lepinay, je ne vous connais ; j’ai eu votre adresse blog par un ami ; mais ce que je lis est la récitation habituelle de la bienpensance européenne et française, qui répète sans plus-value la propagande palestinienne.
    Voyez un peu et essayer de sortir de votre diatribe habituelle en réfléchissant un peu plus librement.
    Les implantations israéliennes qui avaient été créées dans le Sinaï ont-elles empêché la paix entre Israël et l’Égypte et la restitution de l’ensemble du Sinaï ?
    Non, bien évidemment !!
    Les implantations qui avaient été construites dans la bande de Gaza ont-elles empêché la restitution complète de ce territoire, et ce sans contre-partie ?
    Bien évidemment non !!
    Cela démontre bien que ces implantations en Judée-Samarie ne préjugent absolument pas ce que serait une paix réelle avec les arabes palestiniens ; ce n’est qu’un outil de propagande arabe, bien relayé par les “idiots utiles”, si nombreux en Europe et particulièrement en France, et plus particulièrement chez les bobos gauchisants.
    Et puis, une question simple : pourquoi ces implantations et leur population juive ne pourraient-elles pas un jour devenir des villes ou villages juifs dans un état arabe ? Après tout il y a bien 20 % de la population israélienne qui est arabe, pourquoi pas une proportion de la population “palestinienne” qui serait juive ?
    Quand vous aurez répondu honnêtement à cette question, vous aurez probablement un peu progressé dans la compréhension plus fine du problème, et commencerez à faire autre chose que réciter votre mantra si lassant.

    • M. Bellaiche, je pense que vous avez une vision angélique de la situation. Bien sûr il n’y a aucune raison que des juifs ne vivent pas en territoire palestinien, pas plus que l’inverse. Vouloir créer un état religieux, juif ou musulman, est à mon sens voué au même échec. La libre circulation des personnes et des idées est un acquis de notre civilisation, elle finira par s’imposer partout, je l’espère (mais là, c’est peut-être moi qui suis angélique). Il faut avoir passé un peu de temps à Hébron par exemple, pour mesurer en quoi la colonisation condamne à terme la solution à deux Etats. Il faut avoir emprunté les tours et détours qu’impose la présence d’un mur de protection, qui aurait dû séparer deux Etats, dans son tracé original, et qui en fait morcelle les territoires palestiniens. Il faut avoir vu le comportement des colons d’Hebron ou de Naplouse, qui ne sont visiblement pas là pour vivre en Palestine, mais bien pour se battre contre l’hypothèse d’un Etat Palestinien, pour deviner à quel point la cohabitation serait impossible sans le mur, sans les forces armées israéliennes et leurs check-points qui pourrissent la vie des habitants de Cisjordanie. Et si dans votre esprit la destinée des colonies est leur restitution au futur Etat Palestinien, alors pourquoi les construire, et les développer, pourquoi exproprier les habitants à leur profit? Je pense comme vous que c’est en se posant honnêtement toutes ces questions, et en allant voir sur place, que l’on peut progresser dans la compréhension d’un problème évidemment très complexe à résoudre, mais pour lequel il existe des solutions. Je vous renvoie à la lecture de l’ouvrage de Elie Barnavi “Aujourd’hui ou peut-être jamais!”. Et il ne s’agit pas là de propagande palestinienne!

      • M. Lepinay,

        Je vous rassure ; j’ai été à Hébron, j’ai été en Cisjordanie, j’ai été dans les implantations, j’ai été dans les villages arabes d’Israël, et j’ai bien vu et compris.

        Vous posez la question : “Alors pourquoi construire ces implantations ?”

        Il y a de nombreuses réponses à cela :
        * d’abord pour servir le moment venu de monnaie d’échange
        * ensuite parce que les gouvernements israéliens ont une opinion publique intérieure et qu’ils doivent eux aussi donner des gages de part et d’autre ; regardez ce qu’a dit ces derniers jours le “modéré” Mahmoud ABBAS, quand il a appelé la population arabe de Jérusalem à se battre contre tout juif qui viendra sur le Mont du temple-Esplanade des mosquées ; lui-aussi est obligé de tenir compte de son opinion publique et de ses “extrémistes” du Hamas
        * parce que c’est la seule réponse politique possible de la part d’un gouvernement “civilisé” aux attaques et aux violences perpétrées par des extrémistes
        * parce que la ligne de cessez-le-feu de 48 (qui n’est pas une frontière puisque le monde arabe a toujours refusé de la reconnaître), ne permet pas d’assurer la sécurité des villes israéliennes proches
        * parce qu’il sera toujours possibles d’échanger des territoires d’Israël où vivent des arabes pour des territoires d’implantations (c’est d’ailleurs la base de toutes les propositions israéliennes depuis plus de 15 ans…).

        Vous voyez, il y a de nombreuses réponses à votre question ; encore faut-il chercher les vraies réponses, et ne pas adopter de façon spontanée la dialectique palestinienne et arabe.

        Par ailleurs, je crois que vous faites encore partie de ces gens qui confondent les notions de peuple Juif et de religion juive ; ce sont des notions bien différentes ; Israël est le pays du peuple juif ; les juifs croyants et pratiquants en Israël sont minoritaires ; le peuple Juif est une notion qui dépasser largement la seule notion de religion.

        Mais vous n’avez toujours pas répondu à la question : Pourquoi il est si inenvisageable pour les arabes palestiniens que des villages soient à majorité juive dans leur futur état arabe ? Je sais que la réponse est difficile à admettre et à exprimer pour une personne comme vous qui vit dans le déni de la réalité (ici et là-bas d’ailleurs) depuis des années, mais encore un effort, et vous commencerez à comprendre le véritable objectif des arabes musulmans partout dans leur pays mais aussi dans la Palestine de la “Mer au Jourdain”.

        Enfin, sachez que le gouvernement israélien a une parfaite légitimité démocratique, et que la majorité de la nation est en accord avec sa politique ; d’ailleurs, je vous signale aussi que les 23 de la population israélienne est pour la solution à 2 états mais pas à n’importe quel prix et pas n’importe comment ; les leçons des lancements de roquettes depuis Gaza depuis le départ des israéliens, a beaucoup appris à tous les israéliens sur ce qu’il faut et ce qu’il ne faut pas accepter.

        Enfin en ce qui concerne l’ancien ambassadeur E. Barnavi, son livre date de 2009, et depuis comme beaucoup d’hommes de gauche israéliens, il a revu sa copie à la lumière des guerres de Gaza, et il commence à ne plus être aussi angélique ; que voulez-vu il faut que chacun fasse son chemin et mûrisse ; tout dépend d’où l’on part et des a priori que l’on a.

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