Le “pacte” était-il piégé?

Ainsi donc, le pacte de responsabilité est un “échec”. C’est le ministre de l’économie Emmanuel Macron qui le dit. En précisant: c’est la faute à Pierre Gattaz, dont le Medef n’a pas joué le jeu. Et il est vrai qu’on est bien loin  des centaines de milliers d’emplois promis en échange des baisses de charges. Pire, insatiable, le Medef poursuit sa surenchère et manifeste pour obtenir encore plus. Une véritable déclaration de guerre au gouvernement, qui a pourtant accordé aux entreprises plus qu’aucun autre gouvernement ne l’avait fait jusqu’ici. Sans parvenir à l’inversion de la courbe du chômage promise sur tous les tons par François Hollande.

Alors, était-ce un marché de dupes? Oui et non!

Oui parce qu’il n’y a eu aucune contrepartie aux concessions faites par le gouvernement sur la réduction des charges ou l’assouplissement du droit du travail. Les entreprises n’ont pas créé d’emplois de façon quantifiable avec l’argent que l’Etat leur rendait à travers le CICE. Elles n’ont manifesté aucune reconnaissance à l’égard d’un président qui misait tout sur leur bonne volonté. Aucun accord de branche, ou presque, n’a été signé pour garantir ces fameuses contreparties. De la part de Pierre Gattaz, il ne fallait sans doute pas s’attendre à mieux. L’homme n’a pas le cœur à gauche, n’a jamais fait figure de modéré, et doit s’amuser de voir le président s’embourber dans un pacte de responsabilité qui le met en porte à faux vis à vis de son électorat, sans lui permettre d’en revendiquer le moindre effet positif. Le Medef n’avait de fait aucune raison de donner un coup de pouce au gouvernement en favorisant sa réussite. Il n’a donc rien fait, sinon jeter de l’huile sur le feu, en réclamant à la gauche toujours plus de concessions.

Mais tout cela n’est que politique, et donc écume des choses. Le Medef n’a jamais créé le moindre emploi. Il a toujours milité en faveur de politiques de droite, il joue son rôle de lobby patronal. Les emplois, en revanche, sont créés par les entreprises, et elles, elles n’avaient, ni n’ont, aucune raison d’offrir des “contreparties” à l’Etat, de manifester de la “reconnaissance” aux pouvoirs publics, ou de “jouer” on ne sait quel jeu collectif destiné à redresser le pays. Ce n’est pas le rôle des entreprises.

Les entreprises ne font pas de politique, elles créent de l’emploi lorsque leurs marchés leur en offrent l’opportunité et qu’elles en ont les moyens. C’est à dire lorsque embaucher permet d’améliorer les résultats, immédiatement, ou à terme. Point barre! Quoi que disent ou fassent semblant de promettre Gattaz, Hollande, Pierre ou Paul… l’équation reste la même pour le chef d’entreprise: faire les choix qui maximisent la rentabilité de son activité. Dans l’intérêt de ses actionnaires et de ses salariés. Pas pour faire plaisir à Hollande ou Gattaz.

Du coup l’échec du pacte de responsabilité apparaît surtout comme un fiasco politique et un immense échec de communication. En faisant croire qu’on allait faire du “donnant-donnant”, des réductions de charges contre de l’emploi, Hollande a lui-même tendu le piège politique que Gattaz et ses amis referment sur lui aujourd’hui. Sans surprise, le lobby patronal confirme ainsi qu’il est une adversaire résolu de tout gouvernement de gauche.

Mais doit on parler pour autant d’un échec de la politique économique menée depuis deux ans et demi par François Hollande. Il est encore un peu tôt pour en juger. Car les réductions de charges, si elles n’ont pas eu les contreparties naïvement supposées, on bien eu lieu, et étaient nécessaires. De mêmes les premiers allègements de la législation sociale qui ont été négociés par le patronat et certains syndicats, étaient sans doute indispensables. Il en faudra d’ailleurs probablement d’autres.

L’ensemble des mesures prises pour améliorer la situation des entreprises et donc les aider à rétablir leur compétitivité aura sans doute au moins partiellement atteint le but recherché. En toute logique celles-ci devraient donc être mieux armées qu’hier pour répondre aux opportunités offertes par les marchés. Si tel est le cas, cela se traduira par des créations d’emplois, dès que le besoin s’en fera sentir. Et là, on est au cœur du rôle de la puissance publique en matière économique dans un système libéral: créer les conditions les plus favorables pour que les acteurs privés puissent créer des richesses, et donc des emplois, pour améliorer le bien-être commun.

 

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