Israël: le risque de l’isolement

L’escalade continue. Après l’annonce de la construction de nouveaux logements à Jérusalem-est, 380 fin décembre, venant s’ajouter au milliers de constructions en territoire palestinien ces derniers mois, le gouvernement israélien a décidé de “geler” 106 millions d’euros de taxes collectées par lui pour le compte de l’autorité palestinienne. Sans retenir l’expression de “crime de guerre” employée par les Palestiniens pour qualifier cette décision, il s’agit d’une spoliation pure et simple, puisque ces sommes sont dues aux Palestiniens conformément aux accords signés par les deux parties à Oslo en 1993. Et Benjamin Netanyahu, le premier ministre israélien promet d’ores et déjà d’autre sanctions.

Les sanctions sont selon lui une réponse à la demande d’adhésion de la Palestine à la Cour Pénale Internationale chargée de juger les crimes de guerre. La crainte d’Israël est de voir la CPI se pencher sur l’offensive israélienne à Gaza, l’été dernier, qui s’était soldée par 2200 morts côté palestinien en majorité des civils, et 70 morts côté israélien, en majorité des soldats. La dissymétrie des pertes humaines, et la manifeste disproportion de la riposte israélienne aux tirs de roquettes des mouvements extrémistes palestiniens, ne suffisent pas à définir un crime de guerre, ni non plus à exonérer le Hamas de ses responsabilités. Mais une mise en accusation devant la cour pénale de responsables militaires israéliens, pourrait nuire encore beaucoup à l’image du gouvernement de Jérusalem-Ouest. Et la campagne de communication internationale qu’il tente de lancer sur le thème: “Etat Islamique égale Hamas, égale donc Fatah puisque les deux mouvements palestiniens ont décidé de créer un gouvernement commun”, ne sera pas un contre-feu suffisant.

En bloquant le processus de négociation par la poursuite, au grand dam des américains, de la colonisation des territoires voués à devenir l’Etat de Palestine, Benjamin Netanyahu entraîne son pays et donc son peuple sur une pente dangereuse. Il a poussé dans ses derniers retranchements Mahmoud Abbas, qui était pourtant son meilleur allié dans la recherche de la paix et de la sécurité pour ses concitoyens. Discrédité par l’intransigeance de son interlocuteur, le président palestinien se lance maintenant dans une surenchère diplomatique, qui évidemment ne favorise pas l’avènement d’un processus de paix auquel personne ne croit plus, mais va marginaliser un peu plus Israël.

Le vote de plusieurs parlements européens se prononçant pour la reconnaissance de l’Etat de Palestine, est un premier signal d’alerte pour Israël. La valeur de ces votes n’est pas que symbolique. Ils disent la lassitude des démocraties occidentales face à l’incapacité du gouvernement de Netanyahu à jouer réellement le jeu du processus de paix, à respecter les résolutions internationales. Lassitude qui s’est exprimée au conseil de sécurité de l’ONU, lorsque la France s’est désolidarisée des Etats-Unis en soutenant la motion palestinienne exigeant le retrait d’Israël des territoires occupés dans les deux ans. Netanyahu a beau pester, il doit comprendre que le risque d’isolement international de son pays augmente dangereusement.

Il y a un précédent d’isolement international, c’est celui de l’Afrique du Sud, pays de l’apartheid, auquel d’ailleurs Israël apportait en d’autres temps son soutien. Bien sûr, Israël est un état démocratique, dans lequel les citoyens arabes ont en principe les mêmes droits que tous les autres israéliens. Mais la situation faite aux Palestiniens des territoires occupés, l’humiliation quotidienne qui leur est infligée au nom de la sécurité, ont peu à voir avec la démocratie. Le discours de l’actuel ministre des affaires étrangères, Avigdor Liberman, suggérant en avril 2013 que les arabes d’Israël seraient mieux à leur place dans les territoires occupés, ranime également le spectre de l’apartheid, au moment ou Benjamin Netanyahu semble décider à miser un peu plus sur l’extrême droite pour se maintenir au pouvoir. Et  en proposant une loi constitutionnelle destinée à transformer Israël, jusqu’ici “Etat juif et démocratique”, en “Etat national du peuple juif”, le premier ministre israélien s’est lui-même vu reprocher dans son pays de vouloir institutionnaliser une discrimination envers les arabes israéliens, qui représentent aujourd’hui 20% de la population d’israël.

Au total, la situation en Israël n’est pas comparable loin s’en faut, à celle qui prévalait dans l’Afrique du Sud de l’Apartheid, mais le risque d’isolement international est de plus en plus grand en raison de la politique d’escalade et de fuite en avant choisie par le gouvernement de Benjamin Netanyahu. Au détriment de la population israélienne elle-même, qui aspire majoritairement, n’en doutons pas, à la paix, seule véritable garantie de sécurité, et qui paierait au prix fort une mise au ban de la communauté internationale.

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