Après le crash, garder le cap ?

Alors on change de cap? Chacun y va, depuis la déroute départementale, de son apostrophe au gouvernement et au Président. Mais comment? Vous allez poursuivre la même politique? Sans tenir compte du message des Français? Ils ont pourtant été clairs. En envoyant les socialistes au tapis dans les urnes départementales, les électeurs ont exprimé fortement leur ras le bol. Au lendemain de la catastrophe, chacun pense avoir trouvé la boite noire, et se fait l’interprète du message de colère des Français.

Pour Marine Le Pen, les Français ont dit “Vals dehors”. Pour l’UMP, la France veut clairement plus de rigueur, moins d’impôts, moins de dépenses, moins de déficit, bref moins de tout, et surtout moins de socialistes. Pour Nicolas Sarkozy, la volonté des Français de remettre sur le trône un monarque à la hauteur -par exemple lui-même- est évidente: “plus rien n’arrêtera l’alternance”, c’est à dire son retour triomphal. A l’extrême-gauche, malgré la faiblesse des résultats obtenus, on a lu au contraire dans les urnes que les électeurs trahis exigent un virage à gauche. A la vraie gauche! C’est à dire la leur. Celle du pouvoir d’achat, de la guerre aux patrons et à la finance, de l’embauche de fonctionnaires… Bref, celle du programme du candidat Hollande.

Et pourtant, pour le président et son premier ministre, ce serait le plus mauvais moment pour changer. D’abord, parce que si la politique mise en œuvre depuis l’élection de 2012, et qui n’a toujours pas fait ses preuves, doit marcher, c’est maintenant qu’on devrait le voir. La reprise est là en Europe, le chômage commence à baisser, la France devrait pouvoir prendre le train. Changer maintenant, soit pour durcir la rigueur comme le réclame la droite, au risque de pénaliser la croissance, soit pour relâcher la pression comme le réclame l’extrême gauche, au risque de jeter de nouveaux doutes sur la compétitivité de la France, serait absurde et dangereux.

Manuel Valls et François Hollande n’ont pas le choix, ils doivent continuer. Et comme de toutes façons, au niveau de popularité atteint, ils ne courent plus grand risque, ils devraient donc en rajouter une couche. On prépare donc une loi Macron 2 qui sera sans doute aussi indigeste pour la gauche de la gauche, mais permettra de réaffirmer le cap de la politique du gouvernement, favorable au renforcement de la compétitivité de notre économie. A l’inverse, on ne semble pas décidé à renoncer au tiers-payant généralisé. Et c’est sans doute un autre effet des départementales. Alors que tous les gouvernements depuis Raymond Barre ont toujours cédé devant le corps médical, grand prescripteur auprès de l’opinion publique, celui de Manuel Valls, en raison même des défaites électorales qu’il vient d’encaisser, pourrait peut-être trouver la force de résister à la pression, et d’imposer une réforme qui a fait ses preuves dans d’autres pays.

Un coup à droite, un coup à gauche… Cela ne devrait pas suffire à faire retrouver au Président une majorité stable. Déjà à la gauche du PS, voire pour certains à l’intérieur même du parti, on a intégré la défaite de la gauche en 2017. Et l’on se prépare à retourner à une véritable opposition, brutale et sans nuance. C’est quand même plus confortable pour le Front de Gauche ou les Verts de s’opposer à un gouvernement de droite. Le Parti Socialiste devrait donc finir le mandat tout seul, au mieux en récupérant quelques écologistes, au prix de l’explosion de leur parti.

Du coup, la perspective d’une poursuite de l’expérience au delà de 2017 semble de plus en plus compromise. Mais c’est une raison de plus pour ne pas changer de cap, et réformer encore et encore, pour tenter de rendre à la France un peu de sa compétitivité et de son efficacité, et prouver in fine que la politique choisie n’était pas si mauvaise. Quitte à donner raison à l’adage qui dit que c’est toujours la gauche qui fait le mieux les réformes de droite…

 

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