Migrants: la leçon de Merkel!

Combien de camions-cimetières encore avant que l’Europe réagisse? Combien de kilomètres de barbelés le long des frontières européennes? Combien de temps encore la France sera-t-elle paralysée par le chant des sirènes de la xénophobie? Angela Merkel sous la pression des manifestations racistes de l’extrême-droite allemande a donné l’exemple, en décidant d’oublier les règles européennes qui concentrent la responsabilité des migrants sur les pays par lesquels ils entrent en Europe, pour l’essentiel Grèce et Italie. Dorénavant, Berlin ne renverra plus les Syriens vers ces pays, et traitera leur cas directement en Allemagne. C’est la première marque réelle de solidarité européenne sur ce dossier, et l’on observera qu’elle émane du pays européen qui a accueilli jusqu’ici le plus de réfugiés Syriens.

Que fait la France? Il y a quelques semaines, au mois de juin, on avait frôlé la fâcherie avec l’Italie, parce que la police française bloquait les migrants à la frontière et les renvoyait en Italie. Rétablissement clandestin des frontières se plaignaient les Italiens, alors que Bernard Cazeneuve répondait: application stricte des règles européennes. En réalité, c’était une manifestation de plus de la tétanie qui frappe le gouvernement sur le sujet. On se souvient encore des déclarations de Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur, se défendant de faire moins d’expulsions que son prédécesseur. Ou encore de ses digressions sur la compatibilité entre islam et république…

Cette tétanie qui fait que lorsque l’on se décide à faire une annonce plus conforme à la tradition de la gauche, on la joue petit-bras. “La France prendra sa part en accueillant entre 500 et 700 migrants syriens”, nous annonçait fier de lui François Hollande en avril dernier. Ridicule! Dérisoire! A la même date, la Suède avec 10 millions d’habitants avait déjà accueilli 30 000 Syriens, et l’Allemagne 70 000.

On pourra évoquer pour justifier cette paralysie, la situation du marché du travail, plus difficile en France qu’outre-Rhin, ou en Suède. Mais aussi la démographie déclinante de l’Allemagne qui a besoin d’accueillir des étrangers pour faire face aux défis à venir. Argumenter sur la loi qui améliore la situation des demandeurs d’asile, adoptée en France au mois de juillet dernier. Et puis bien sûr, mettre en avant la pression du Front National qui contraint à une certaine prudence sur ces sujets pour éviter de faire le jeu de Marine Le Pen. Mais on observera que c’est au moment ou l’Allemagne est confrontée à de violentes manifestations anti-immigrés, qu’Angela Merkel a annoncé son intention de ne plus expulser les migrants syriens.

La réalité, c’est que la classe politique française gauche et droite confondues est obsédée par le péril venu de “l’Etranger”. Le rom comme le réfugié syrien. Le squatter de Calais, comme le prédicateur de la mosquée. Convaincue que pour récupérer les électeurs de Marine Le Pen, il faut les caresser dans le sens du poil, c’est à dire de l’intolérance. Et l’Islam devient un sujet politique, qu’il ne faut pas laisser à l’extrême droite, et l’assimilation des étrangers dans notre pays un problème dont il faudrait parler jusqu’à la nausée, pour ne pas céder le monopole à Marine Le Pen. C’est la phrase entendue de façon récurrente dans bien des bouches: “le Front National apporte de mauvaises réponses à de bonnes questions”.

Non! La vraie question posée à notre pays n’est pas celle de la compatibilité de l’Islam avec la République, ni celle du seuil de tolérance de l’immigration, ni celle du renforcement des frontières… la vraie question posée à l’Europe, c’est celle de sa capacité à accueillir des migrants qui fuient les conséquences indirectes de guerres menées inconsidérément par l’occident en Afghanistan, en Irak ou en Libye. Des guerres menées au nom d’une “civilisation” que ces migrants, chassés par la barbarie et la guerre, tentent de rejoindre aujourd’hui. Notre responsabilité collective est évidemment engagée, il n’y aurait peut-être (probablement?) jamais eu d’Etat Islamique sans ces guerres. Si nous n’étions pas intervenus en Libye, le dictateur Kadhafi, qu’on ne peut évidemment regretter, serait peut-être encore au pouvoir, mais la région entière ne sombrerait pas dans le chaos.

Le vrai défi, c’est celui de la solidarité entre européens pour réserver un accueil digne de nos traditions humanistes à ces hommes, femmes et enfants qui fuient le désordre que nous avons souvent contribué, par action ou par omission, à créer dans leurs pays. Qu’attend la France pour se hisser au niveau de la chancelière allemande, qui, tout à droite qu’elle soit, semble moins sensible aux chant des sirènes de la xénophobie? Il est devenu urgent de proposer un véritable plan européen d’envergure pour l’accueil des réfugiés.

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