Quand l’UE est facteur d’ “impuissance publique”…

Axelle Lemaire, Secrétaire d’Etat au Numérique, a usé devant la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale d’une jolie formule.  En disant craindre le « lobby de l’impuissance publique » face aux géants de l’internet. Sa crainte parait hélas parfois bien fondée. Le gouvernement français vient de s’opposer devant la commission des lois à l’Assemblée à un projet de lutte contre l’optimisation fiscale des grands groupes, qui faisait plutôt consensus au parlement. Il s’agissait d’empêcher les groupes en question de soustraire à la fiscalité française une partie de leurs activités commerciales réalisés sur le territoire depuis des pays à fiscalité plus avantageuse. Explication du refus du ministre des finances: il faut attendre qu’une législation européenne soit mise en œuvre. Comme le dénonce justement le site “Sauvons l’Europe”, ce n’est pas ainsi qu’on fera avancer la construction européenne.

Autre expression d’impuissance publique, en Grèce, où le gouvernement d’Alexis Tsipras vient d’être obligé de retirer un projet de loi destiné à compenser les effets de l’austérité sur les plus faibles. Le projet n’était pas dispendieux, mais ne convenait pas aux créanciers de l’Eurogroupe parce qu’il n’allait pas dans le sens unique de la diminution de l’endettement de la Grèce. Il s’agissait de garantir une couverture médicale à ceux qui n’en ont pas, d’élargir l’accès à la soupe populaire fournie par l’Etat, de diminuer les factures d’électricité des plus pauvres… Impossible! Alexis Tsipras s’étant engagé l’été dernier à ne prendre aucune mesure budgétaire sans accord préalable des créanciers, a dû se plier à la volonté européenne.

L’Europe n’a rien à gagner à la décrédibilisation des exécutifs nationaux. Elle ne peut tirer aucune force de la faiblesse des états. Lorsque le gouvernement français renonce à un projet de renforcement de l’équité fiscale, en prétextant attendre que nos voisins soient convaincus de son utilité, c’est du grain à moudre pour les populistes antieuropéens. Lorsqu’on pousse Tsipras dans ses derniers retranchements, lorsqu’on l’empêche de montrer au peuple grec que le pire n’est pas tout à fait certain, et qu’il y a encore place en Europe pour la compassion et la solidarité, on fait reculer l’Europe. Lorsque l’Union européenne semble plus attentive aux pressions des grands groupes et places financières, qu’aux difficultés rencontrées par les populations des pays en crise, elle s’éloigne encore plus de ses citoyens.

 

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