Primaire à gauche: pétition pour un jeu de massacre

Une primaire à gauche, soit, mais dans quel but? Trouver le meilleur candidat pour succéder à François Hollande? Pourquoi pas? Après tout le président sortant n’est pas forcément le meilleur candidat potentiel de son camp. Et si la gauche veut gagner, il est légitime qu’elle recherche celui qui a le plus de chances de l’emporter. Ce serait une nouvelle version d’union de la gauche, plus moderne, dans laquelle ce ne serait pas le candidat du PS, majoritaire à gauche, qui imposerait à ses alliés son programme, mais où l’on demanderait au “peuple de gauche” de choisir lui-même.

C’est qui au fait le “peuple de gauche”? Daniel Cohn Bendit? Thomas Piketty?Laurent Joffrin? Ces personnalités sont certes estimables. Dany est souvent clairvoyant, et redoutable débatteur. Thomas Piketty est sans doute un bon économiste, et Laurent Joffrin au fil de ses aller-retour entre le Nouvel Obs et Libé a acquis une incontestable compétence en presse de gauche. Mais ne leur déplaise, le “peuple de gauche” c’est d’abord les millions d’électeurs qui déposent un bulletin d’un parti de gauche, et donc majoritairement du PS, dans l’urne à chaque élection. En râlant plus ou moins, parfois avec un léger mal aux tripes, chacun avec son lot de frustrations, d’inquiétudes, de désaccords, de colères, mais parce que tout de même, si l’on prétend changer les choses, il faut bien commencer par prendre le pouvoir et se colleter avec le réel.

Le propos de la primaire de la gauche proposée par les signataires de la pétition est tout autre. L’idée, n’est pas de se préparer à gérer au mieux les affaires du pays, mais créer une tribune, un grand débat, ou chacun pourra donner sa vision d’une politique de gauche. Une tribune d’abord pour ceux qui ne se reconnaissent pas dans la politique mise en œuvre par le gouvernement. Ceux qui se jugent plus dépositaires de l’orthodoxie de “la Gauche” que les autres. Lorsque Thomas Piketty nous propose un débat permettant de choisir le meilleur candidat de gauche, après avoir écrit sur son blog que ce gouvernement avait réussi à marier, “l’infamie à l’incompétence”… on a envie de rigoler. Tout cela n’est pas très sérieux. La “grande primaire” proposée tournerait évidemment au procès en trahison de François Hollande. Et conduirait vraisemblablement à la disqualification de l’ensemble de la gauche pour l’échéance de 2017.

Il reste que les interrogations sur la politique du gouvernement, le constat de son incapacité à répondre jusqu’ici aux grandes questions que sont le chômage des jeunes, la ghettoïsation des banlieues, la montée de l’intolérance, la croissance des inégalités, sont totalement légitimes, et trouvent d’ailleurs à s’exprimer dans le cadre du débat public. Rarement un président aura subi autant d’attaques de son propre camp, ou supposé tel… jamais la critique, la dénonciation, la condamnation du gouvernement n’auront bénéficié d’une telle chambre d’écho… Et c’est tant mieux! Sous Nicolas Sarkozy le clivage était clair, la gauche l’attaquait sur tout, la droite le soutenait quoi qu’il fasse. C’était le temps des godillots. Aujourd’hui, tout le monde attaque Hollande et son gouvernement… et surtout la gauche.

Les lieux de débat existent. Le procès de la politique du gouvernement est instruit quotidiennement sur les chaines de télévision, les radios, dans les colonnes des journaux de tous bords, au sein même du groupe parlementaire socialiste. Et c’est bien! Cela s’appelle la démocratie. Mais c’est suffisant. Pourquoi imposer en plus au pays une séance de catharsis dans laquelle l’intelligentsia de gauche se flagellerait devant les électeurs, se couvrirait la tête de cendres, s’agonirait d’injures, d’anathèmes et autres excommunications… Avant de proposer aux électeurs éberlués de voter pour un candidat qui sortirait plus ou moins victorieux du jeu de massacre, déjà à moitié mort avant d’avoir affronté le moindre adversaire de l’autre camp.

C’est le rôle des intellectuels, économistes, chroniqueurs d’animer le débat politique, de le faire vivre, et ils le font. Il leur appartient de jouer le rôle de garde-fous de nos libertés, d’analyser, critiquer les choix des politiques, d’expliquer les soubresauts de notre société… Qu’ils continuent! C’est le rôle des partis politiques de proposer des solutions au pays et des hommes pour les mettre en œuvre.

 

 

1 réflexion sur « Primaire à gauche: pétition pour un jeu de massacre »

  1. Mais les partis peuvent-ils faire des propositions sérieuses s’ils veulent que leurs candidats soient élus. Pour être élu, il faut promettre n’importe quoi le plus souvent inapplicable et même des mesures contraires à la loi, aux traités que le pays a signés ou à la Charte des Nations Unies ? Nous sommes condamnés donc à voir les deux premières années de notre quinquennat consacrées à remettre en cause les promesses inconsidérées permettant d’être élu et les trois années restantes à faire des propositions totalement contraires aux engagements ; avec pour résultat, la perte des élections et la victoire d’une nouvelle majorité qui recommence le processus. Et pendant ce temps, la France s’enfonce encore un peu plus et Marine Le Pen capitalise !

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