Le culte de l’inessentiel…

Au secours, ils sont tous tombés sur la tête!!!! Chaque jour nous apporte son lot de menaces qui planent sur nos modes de vie et d’organisation à bout de souffle, sur nos libertés remises en question, sur notre modèle de solidarité toujours plus malmené par l’aggravation continue des inégalités, la raréfaction des emplois productifs, et la montée de l’intolérance, comme autant de vautours annonciateurs d’un déclin fatal. Et que font pendant ce temps là ceux dont le rôle est de montrer la voie aux citoyens que nous sommes, ceux dont la mission est d’aider à comprendre pour faciliter les guérisons, ceux que nous avons élus, ou qui disposent de tribunes sur la place publique, ceux qui se pensent comme une élite, se voient comme des leaders, s’imaginent tenir notre avenir entre leurs mains?

Ils polémiquent sur la déchéance de nationalité d’une poignée de terroristes !

On brade tout! Tout est à vendre! Nos libertés, que l’on veut placer sous état d’urgence permanent. Notre Europe, que l’on est prêt à mettre au clou pour faire croire aux Anglais qu’ils en font encore partie, et les garder dans la cour de récréation. Notre dignité, et notre histoire, que l’on échange lamentablement contre quelques avions de guerre qui permettront à une poignée de potentats du pétrole de continuer à l’abri de nos regards qui ne veulent plus voir, à enfermer leurs femmes, et à pendre haut et court voire à décapiter les poètes que la peur n’aura pas rendus muets. Notre compassion, quand des milliers de réfugiés continuent à s’échouer aux portes de notre “éden”, et que nos oreilles se bouchent à leurs cris de détresse. Oui, mais pendant ce temps….

On continue à polémiquer sur la déchéance de nationalité d’une poignée de terroristes.

Les agriculteurs sont sur les routes et brûlent tout sur leur passage avec la nostalgie d’une époque heureuse où la manne des subventions européennes leur permettait de ne pas se soucier des cruelles lois du marché. Oui, mais l’enjeu du moment c’est: comment faire encore moins d’Europe pour convaincre les anglais qui n’y ont jamais cru d’y rester. Notre système d’assurance chômage est au bout du rouleau, nos caisses de retraite à l’agonie ? Oui, mais, le sujet du jour, dans ce pays qui ne sait plus créer des emplois productifs, c’est: a-t-on le droit de toucher au tabou des 35 heures légales?

La faute à qui? A la gauche? A la droite? Aux hommes politiques? Aux amuseurs publics, qui par le miracle de la télévision sont nos nouveaux intellectuels, polémistes, philosophes, journalistes politiques tout à la fois, dans ces nouveaux salons où l’on cause que sont devenus les plateaux de télévision, la nuit tombée… Nous avons tous fini par être pris par le mal de ce siècle, cette nouvelle religion tellement dangereuse, qui réduit le discours au slogan, la pensée à l’invective, l’analyse à l’anathème, la réflexion au narcissisme…

Le culte de l’inessentiel ! L’adoration du buzz ! La vénération de l’audience !

C’est comme cela qu’en pleine crise humanitaire, économique, sociale, politique, morale…

On polémique encore sur la déchéance de nationalité d’une poignée de terroristes…

 

 

2 réflexions sur « Le culte de l’inessentiel… »

  1. Hélas, la défaite de la pensée annoncée par Finkielkraut n’est peut être pas exactement celle qu’il avait entrevue, mais elle est bien là, dans la quasi totalité des médias.
    Où sont les éditos qu’on citait dans les revues de presse et qui donnaient envie d’acheter un journal même régional?
    Où sont les émissions qui prenaient le temps d’interroger artistes ou politiques sans chercher à faire du buzz et à avoir la réplique qui tue et qui sera reprise partout.

    Quelle pitié de voir la multiplication des émissions de télévisions consacrées aux pires émissions de la télévision et dont les “chroniqueurs” sont au moins aussi vulgaires que ceux qu’ils chroniquent alors qu’ils n’ont même plus l’excuse du “pris sur le vif” ou de la réaction à chaud…

    Plus les médias se sont multipliés, plus ce qu’ils transmettent est dilué et frelaté (commentaires compris), comme si les tuyaux d’adduction d’eau multipliés nous offraient une eau de moins en moins potable.

    C’est terrible, parce que cela donne l’impression d’être quelques vieux ours blancs dérivant sur leur bout de banquise dans un réchauffement climatique inéluctable…

    Le seul espoir, la jeunesse peut être, en tout cas, celle que je connais et fréquente qui a trouvé un certains remède : le bouton off…

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