Politique, morne plaine !

C’était il y a deux mois à peine. On était passé à deux doigts, c’est à dire quelques bulletins, d’une catastrophe annoncée. Grâce en  particulier au retrait de candidats de gauche dans deux régions, le Front National avait perdu son pari. Les Le Pen, fille et nièce, avaient échoué et n’étaient pas en mesure de prendre la tête d’un exécutif régional. Sur les plateaux télé, les hommes et femmes politiques se succédaient, avec un soupir de soulagement, mais en promettant tous que rien ne serait plus comme avant. La façon de faire de la politique allait changer du tout au tout… des élus de droite promettaient de renoncer immédiatement au cumul des mandats, ceux de gauche juraient avoir entendu le message de l’électorat, on parlait de mettre la surmultipliée sur la lutte contre le chômage, de “régénérer” la politique, de lutter résolument contre la ghettoïsation des banlieues, de…

Qu’est-ce qu’on a vu depuis? Une polémique grotesque et inutile autour d’un projet de réforme constitutionnelle qui ne sert à rien. La reconduction d’un Etat d’Urgence dont on ne voit pas bien ce qui pourrait constituer un jour le signal de sa fin. Un remaniement ministériel simplement destiné à assurer neuf ans de confort à un ministre des Affaires Etrangères, pas déméritant au demeurant, et à dynamiter par avance quelques uns des obstacles qui pourraient se poser en travers de l’éventuel désir du président d’en reprendre pour cinq ans de plus. Une tentative de court-circuitage du dit président par son aile gauche à travers l’organisation d’une primaire de la gauche pour la prochaine présidentielle. Tentative immédiatement tuée dans l’œuf par le meilleur ennemi de François Hollande, Jean-Luc Mélenchon, soucieux de ne laisser personne l’empêcher de se représenter lui-même à la prochaine élection.

Du côté des écologistes, c’est évidemment le chaos. Après avoir ruiné l’essentiel de leur crédit en quittant le gouvernement au moment où ils auraient pu accéder enfin au graal, c’est à dire à la maîtrise de la politique environnementale de la France, avant la Cop21, ils y retournent au pire moment, c’est à dire alors que chacun sait que la seule préoccupation de tous sera dorénavant l’élection de 2017, et qu’il serait vain d’imaginer, comme a tenté de nous le faire croire François Hollande, qu’on réformera jusqu’au dernier moment. Et comme Hollande ne fait pas les choses à moitié, c’est la secrétaire nationale d’Europe Ecologie Les Verts, elle-même, qui rallie le gouvernement, faisant ainsi exploser son mouvement.

A droite, dans les régions, le changement promis commence avec l’installation de portiques de sécurité à l’entrée des lycées de Rhône-Alpes-Auvergne, et l’annonce du test anti-cannabis dans ceux de l’Ile de France… Mais le principal sujet qui accapare tout le monde, c’est la bataille de la primaire, et la tentative de parricide à l’égard du président de l’ex-UMP, qui essaye avec l’énergie du désespoir de reprendre la main dans sa propre famille.

On voit mal hélas ce que les 14 prochains mois pourraient amener de plus consistant sur ce registre promis de la rénovation de la politique. François Hollande et la majorité du PS devraient continuer à préparer le terrain de sa future candidature, Sarkozy et Juppé tenter de s’anéantir mutuellement, Mélenchon s’écouter vrombir… Et le Front National fourbir ses armes, pour nous donner à nouveau des sueurs froides en 2017.

 

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