L’Europe dans le piège turc

Le piège se referme sur l’Europe! Le piège tendu par Erdogan, le potentat du Bosphore. Souvenez-vous, c’était il y a six mois à peine, au printemps dernier. La tête empourprée par la gêne, nos dirigeants nous annonçaient la conclusion d’un accord historique entre l’Europe et la Turquie. Ankara avait accepté que l’Europe refoule en Turquie les réfugiés désespérés débarquant sur ses côtes. L’Europe de son côté permettrait l’installation de migrants demandant légalement l’asile depuis la Turquie. Ainsi nos dirigeants bradaient-ils la tradition d’asile du continent, dans un marchandage indigne avec le régime islamiste d’Erdogan, devenu garde-frontières de l’Europe. En échange de sa bienveillance, Erdogan obtenait, officiellement, de l’argent pour les réfugiés qu’il bloquait dans son pays, la relance du processus de discussions pour une adhésion future de son pays à l’Union européenne, et la suppression, encore à venir, des visas pour les Turcs voyageant en Europe. Dans les faits, il obtenait aussi le feu vert des Etats-Unis et de l’Europe pour poursuivre sa sale guerre contre les Kurdes. Ainsi Ankara pouvait intensifier ses bombardements sur les combattants kurdes qui font pourtant la guerre à Daesh, dans l’intérêt de tous.

Honteux? Un peu, évidemment. Mais nos dirigeants européens, Hollande en tête, juraient qu’ils n’avaient rien bradé, et qu’ils restaient intransigeants sur leurs valeurs et en particulier les droits de l’homme. Et chacun de vanter la qualité de la prise en charge des réfugiés dans les camps de Turquie, et les promesses d’Erdogan en matière de respect des libertés. Nous étions en mars. Un peu plus de trois mois plus tard, c’était le prétendu coup d’Etat contre Erdogan. Une partie de l’armée tentait de le renverser. Au milieu de la crise, c’est en vidéo, sur son téléphone portable, que le héros s’adressait à son peuple. En quelques heures l’affaire était réglée, les militaires félons lynchés ou arrêtés, et le président turc déclenchait une répression impitoyable.

Depuis, il y a eu une grande purge dans l’armée et la police. Des journaux et télévisions ont été fermés, des journalistes emprisonnés. 10000 enseignants ont été licenciés. Erdogan parle de rétablir la peine de mort. Hier, sept députés du parti de la démocratie des peuples, pro-kurde, ont été placés en garde à vue. L’autocrate Erdogan se mue en dictateur sous les yeux de la communauté internationale qui reste coite, ou presque. Angela Merkel se dit “alarmée”. Federica Mogherini, la responsable de la diplomatie européenne, réunit ses ambassadeurs en Turquie.

Que faire? Comment faire pression sur Ankara? “Avec une extrême prudence”, répondent tous les experts. Il ne faut surtout pas rompre avec Ankara, menacer ne servirait à rien, sanctionner encore moins, il faut parler avec Erdogan, lui expliquer notre point de vue… Eviter surtout… qu’il rouvre les vannes des migrations clandestines vers l’Europe!

L’accord euro-turc du printemps était indigne, nous allons donc en boire le calice jusqu’à la lie. Sans garantie que la Turquie n’y mette pas fin elle-même. Notre peur des migrants nous a réduit au silence, tandis qu’Erdogan poursuit son entreprise de démolition.

 

1 réflexion sur « L’Europe dans le piège turc »

  1. Quel est le seul pays au monde coupable de tous les crimes possibles et imaginables, et qui n’est jamais sanctionné? La Turquie (génocide de plusieurs peuples, massacres divers et variés, épuration ethnique, complicité avec Daesh, répression des minorités, emprisonnement des journalistes, trafic d’organes, plaque tournante du trafic de drogues, etc, etc.)

    Bref, c’est un bel allié que nous avons là !!! à côté, l’Arabie saoudite et autres dictatures sont des enfants de cœur. Mais chut…on ne dit plus rien !

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