L’Amérique n’est pas si loin…

Le cauchemar s’est donc réalisé. Après avoir à deux reprises élu un Barack Obama, l’Amérique a choisi le candidat de la xénophobie, du sexisme, du rejet des autres, que soutenaient Poutine et le Ku-Klux Klan! On pourra évidemment gloser sans fin sur les raisons de ce choix inattendu. On peut tout de même retenir quelques éléments qui doivent nous conduire à réfléchir à la situation dans notre propre pays.

Trump s’est positionné dans cette campagne comme un ennemi du “système”, des élites politiques de son pays. Lui, le candidat jamais élu, le milliardaire mal dégrossi déboulant dans la politique avec quelques convictions à l’emporte-pièce, pouvait prétendre incarner le vrai changement. Celui qui allait donner le coup de pied décisif dans la fourmilière Washingtonienne. Renvoyer dans leurs foyers ceux qui “se gavent” sur le dos du peuple… Message populiste parfaitement reçu par le public. D’autant qu’en face, les démocrates avaient choisi une candidate qui incarnait mieux que quiconque cet “establishment”. Ex-première dame, déjà candidate aux primaires contre Obama, ancienne secrétaire d’Etat… Pour les électeurs, le renouvellement était forcément forcément dans le camp républicain. Or c’est vrai aux Etats-Unis comme ailleurs, les impacts négatifs de la mondialisation sur les couches les plus modestes de la population, se traduisent par une soif éperdue de changement. Dans un sens ou l’autre, il faut que cela bouge parce qu’on en peut plus… Or Hillary Clinton incarnait la continuité.

Trump avait fini aussi par convaincre l’électorat qu’Hillary Clinton était malhonnête. Les révélations sur le financement de sa fondation, l’affaire des e-mails, avaient fini par donner l’impression que l’ex secrétaire d’Etat sortait régulièrement des clous de la légalité. Le “tous pourris!” qu’on entend dans la bouche de tous les populistes, qui évitent toujours soigneusement de balayer devant leur porte, trouvait tout son sens dans les “affaires” plus ou moins bidon dans lesquelles la candidate semblait impliquée. Hillary Clinton confortait ainsi le réflexe primaire anti-système des électeurs américains. Et Trump, malgré sa personnalité excessive, ses dérapages sexistes, incarnait le justicier -“je vous enverrai en prison” disait-il à Hillary Clinton.

Evidemment, il est trop tôt pour savoir ce que le milliardaire fera de se victoire. Probablement mettra-t-il un peu d’eau dans son vin car il ne pourra gouverner contre tout le monde.

Reste que ce coup de théâtre outre-atlantique, conduit inévitablement à s’interroger: est-ce que ce scénario du pire peut se produire en France? Marine Le Pen évidemment en rêve déjà, et a été la première à féliciter le nouveau président américain. Sauf à se boucher yeux et oreilles, personne ne peut exclure une réplique du séisme en France en 2017. Le vote britannique pour le brexit, comme l’élection américaine, démontrent que tout est possible. “L’isoloir est l’un des derniers endroits dépourvus de caméras de sécurité, de micros, d’enfants, d’épouse, de patron et de policiers… des millions de gens en colère peuvent être tentés de voter Trump, dans le seul but de brouiller les cartes et voir ce qui arrivera”, écrivait le réalisateur Michaël Moore, en prédisant la victoire du milliardaire, il y a quelques semaines. Oui, cela peut se produire aussi en France, que des millions d’électeurs, pas forcément plus racistes ou xénophobes que la moyenne, pas forcément anti-européens, mais fatigués, las d’un système dont ils se sentent exclus, décident juste de casser la machine, juste pour voir si les choses changent enfin. Juste pour vérifier si ils ont une chance de peser un instant sur leur vie. Simplement pour savoir s’il n’existe réellement aucune autre voie que celle que choisissent pour eux leurs élus depuis des décennies. Pour changer enfin de têtes, pour se dire qu’il n’y a pas de fatalité à devoir toujours choisir entre les mêmes. Pour se donner l’illusion, une seconde, de peser.

Si nous ne changeons rien, si nous persistons à ne pas voir que les Français en ont assez de ce système qui semble organisé au profit exclusif des élites qui se cooptent pour prendre à leur tour les rênes du pays, et qui d’alternance en alternance, consacrent leur temps et leur énergie à défaire ce qu’ont fait leurs prédécesseurs… Si dans quelques mois dans l’isoloir, les électeurs doivent choisir, comme le prédisent sondeurs et observateurs, entre la représentante d’un parti populiste, xénophobe, qui vomit la classe politique, dont elle fait pourtant partie, et un candidat de 71 ans ayant quarante années de vie politique à son compteur et une condamnation pour détournement de fonds publics à son casier, bref un genre de Trump en féminin, et une espèce d’Hillary Clinton en masculin… il ne faudra pas s’étonner s’ils choisissent de tout casser. Et si d’aventure c’était le candidat issu de la primaire de la gauche qui s’y collait, ou même jean-Luc Mélenchon, et ses 40 ans de vie politique dans, puis contre, le parti socialiste… l’équation ne serait pas vraiment différente.

Il reste quelques mois, il est sans doute encore temps de proposer autre chose. De changer de têtes, de se poser la question du fonctionnement de la démocratie, de rendre un peu de droit de parole aux citoyens, d’apprendre à écouter… Bref de modifier les règles d’un jeu qui apparait de plus en plus comme un jeu fermé, dans lequel le citoyen n’a plus sa place.

 

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