En attendant le fracas des ego…

Et voilà Valls!

Hollande retiré, Sarkozy et Juppé éliminés, Fillon et Valls sont là, place à la relève politique! Le premier ministre, pour quelques heures encore, ira donc solliciter les suffrages des électeurs de gauche qui voudront bien le préférer aux ex-ministres de Hollande qui n’ont cessé depuis qu’il est à Matignon de le canarder à boulets rouges.

Sacrées empoignades en perspective, entre membres éminents du parti socialiste, puisque Mélenchon pour l’extrême gauche, Jadot pour les écolos, Sylvia Pinel pour les radicaux de gauche, et Emmanuel Macron pour son propre compte, ont décidé de ne pas participer. à la primaire. Qui va se passionner pour ce pugilat? Réponse lors du scrutin des 22 et 29 janvier. Mais si la primaire de la droite est devenue l’étalon du succès démocratique -en trompe l’œil- des partis politiques, on peut craindre que l’épreuve n’améliore pas vraiment la crédibilité d’un parti socialiste qui a largement démontré collectivement, en plus de 4 ans, son manque de goût pour la gestion des affaires de l’état, et son appétit irrépressible pour la polémique et l’auto-flagellation.

Alors qui, in fine, prendra la relève de François Hollande? Les sondeurs et commentateurs patentés ont déjà décidé. Ce sera François Fillon, le seul à pouvoir battre Marine Le Pen, qui sera forcément au second tour, nous dit-on. Comme Hillary Clinton ne devait faire qu’une bouchée de Trump, Sarkozy affronter Juppé au second tour de la primaire, la Grande Bretagne rester dans l’Europe, et l’extrême droite conquérir l’Autriche… La cote des sondeurs est au plus bas, en ce moment, et l’on préférera donc penser que tout reste possible, que les Français ont encore leur libre arbitre, et un brin de lucidité. Bref, que le retour à la France d’avant, catholique et rétrograde n’est pas une fatalité.

Alors, imaginons l’improbable. Et si l’échange de cartes effectué par les Républicains et le PS, un Fillon et un Valls, contre un Sarkozy et un Hollande, ne trompait personne? Si, pour une fois les décisions des partis politiques, mêmes validées dans une primaire par une partie de leur électorat, ne s’imposaient pas? Si les électeurs renversaient la table et votaient différemment de ce qu’ont prévu pour eux sondeurs et analystes? Comme ils l’ont fait aux Etats-Unis, mais aussi de façon beaucoup plus positive en Autriche en écartant le candidat d’extrême droite donné favori.

Alors le premier tour ne serait pas encore joué. Le lauréat ne sortirait pas forcément des primaires. On ne repartirait pas à coup sûr pour un combat Fillon-Le Pen et une nouvelle alternance semblable aux précédentes, c’est à dire avec retour à la case départ: on oublie tout ce qu’ont fait les prédécesseurs et on repart à zéro. Après tout, il n’est peut-être pas absolument nécessaire pour un pays de repartir à zéro tous les cinq ans! De plus en plus de voix, et pas seulement aux extrêmes, s’élèvent contre ce bipartisme archaïque. On a encore cinq mois pour rêver.

En attendant on reste à l’heure d’Hollande. Et le président peut encore faire des choses, une fois que l’enjeu de la réélection a disparu. Et l’on continue à rêver, d’un président qui, soulagé, pourrait mettre en œuvre quelques réformes que la peur de ses “frondeurs” l’a empêché de conduire jusqu’ici. Pourrait prendre quelques positions qui décoiffent et lui auraient en temps “normal” aliéné une partie de l’électorat. Un président qui jouerait enfin pleinement son rôle, libéré des manœuvres d’appareil, des batailles d’ego, des contraintes politiciennes. Simplement soucieux de faire de son mieux pour le pays…

Cela n’arrivera pas? Sans doute pas. Hollande jusqu’ici, en dépit de quelques prises de position et décisions courageuses, n’a pas montré qu’il était capable de renverser la table. Alors on en restera probablement là.

Dommage! Sa non-candidature offre pourtant une préfiguration de ce que pourrait faire un président élu pour un mandat unique -de sept ans sans doute plutôt que 5- libre de toutes contingences électoralistes, sans avoir à craindre le chœur des aigris, des méfiants, des pisse-froid, des nostalgiques de “l’avant”, et autres frondeurs, engoncés dans leurs certitudes idéologiques et leurs craintes de déplaire à l’électeur ou du moins à l’idée qu’ils s’en font. Libre de discuter avec l’opposition pour chercher avec elle la meilleure voie pour l’avenir. De rechercher les compromis qui pourront faire progresser le pays. Sans se préoccuper de ceux qui ne font pas de différence entre compromis et compromission. Un président qui devrait, dans ce cas, bien sûr, pouvoir être révoqué par un parlement ou l’ensemble des courants d’opinion seraient représentés de façon équitable, mais où ceux qui veulent le progrès dans l’équité pourraient travailler ensemble, quel que soit leur parti…

C’était une minute de rêverie tranquille, une petite pause avant que reprenne le fracas des ego.

 

 

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