Primaire: le point d’orgue d’un quinquennat gâché

Après deux premiers débats pas vraiment convaincants, où aucun des candidats n’est arrivé à se glisser dans la peau d’un président potentiel, le parti socialiste se prépare à demander aux Français d’arbitrer ses différends internes. Sans mobiliser vraiment pour l’instant. Les audiences des débats sont faibles. Sauf sursaut des derniers jours, la gauche peut craindre le bide le jour du scrutin. Elle n’atteindra certainement pas l’étiage fixé par la primaire de la droite de 4 millions de participants. Probablement pas non plus le niveau de la primaire socialiste de 2012: 2,7 millions. Evidemment ce faible engouement, s’il est confirmé, se traduira par un déficit de crédibilité du futur vainqueur. Etre choisi par quelques centaines de milliers de militants socialistes pour les représenter à la présidentielle, n’est pas à proprement parler un tremplin vers la victoire…

Il faut dire que cette primaire a démarré sous les plus mauvais auspices. Il y a d’abord eu le retrait de celui qui était le candidat évident de la gauche de gouvernement, Hollande. Que ce retrait ait dû plus à sa volonté d’éviter une défaite en rase campagne, qu’à la volonté de Valls de le supplanter, ou l’inverse, ne change pas fondamentalement la donne. En se retirant le président actait le fait qu’il n’y avait plus rien à attendre de cette primaire de la gauche, et plus largement d’une candidature de gauche à la présidentielle. Le message matraqué par les sondeurs et les médias depuis des mois se voyait confirmé par le président lui-même: la bataille de la présidentielle de 2017 serait un combat entre droite extrême (celle de Fillon) et extrême droite (celle de Marine Le Pen).

Pour relever le niveau après la défection d’Hollande, il aurait fallu un candidat d’évidence, s’imposant à tous, par l’originalité de ses idées, son leadership naturel, sa légitimité auprès des électeurs de gauche. Manuel Valls rêvait d’être celui-là. Mais il était à contre emploi. Au terme d’un quinquennat consacré par la gauche à se déchirer sur la place publique, le plus mal placé pour rassembler sa famille écartelée, était évidemment le premier-ministre, dont la politique n’a cessé d’être contestée par les siens. On notera d’ailleurs que les premiers ministres sortants qui ont tenté l’aventure, Chirac, Balladur ou Jospin, ont toujours échoué à franchir le pas. Il n’y a apparemment pas de passerelle qui mène, directement, de Matignon à l’Elysée.

Et ce n’est pas en jouant la partition du changement personnel (“j’ai beaucoup muri aux affaires, j’ai énormément appris, et donc je me suis bonifié”), à la manière d’un Sarkozy, que Valls devrait inverser la logique. Les changements de pied, en particulier en ce qui concerne l’utilisation de l’article 49-3 dont il se montra virtuose, et qu’il prétend aujourd’hui limiter au vote du budget, ou sur l’exonération de charges des heures supplémentaires, peinent à convaincre, et contribuent au contraire à brouiller son image. Il emportera peut-être la primaire, mais on ne sent pas pour l’instant autour de sa candidature un élan de nature à le propulser à l’Elysée.

Les autres candidats jouent chacun sa partition. Ils ont leurs supporters, mais on peine à imaginer l’un d’entre eux à la tête de l’Etat. La primaire devrait donc déboucher sur une candidature de témoignage. Témoignage de la trace laissée dans la vie politique par un quinquennat gâché.

Gâché d’abord par la faute du président. Qui n’a pas su, au moment où l’Histoire frappait à la porte de son bureau, se montrer à la hauteur des enjeux. Elle a frappé trois fois. La première dès après l’élection.

Elu en partie grâce au soutien de François Bayrou et d’une partie des centristes, le nouveau président aurait pu tendre la main au maire de Pau, et plus généralement aux centristes pour sortir de cette alternance stérile entre formation de droite et parti socialiste, qui conduit tous les 5 ans à défaire tout ce qui a été fait précédemment. Il avait alors l’opportunité de changer la donne démocratique du pays, en ouvrant la porte au centre et à la droite modérée. En cherchant à constituer des majorités de projets sur les grands sujets de la politique, éducation, politique étrangère, sécurité… majorités qui auraient pu garantir la pérennité de l’action de l’Etat. Il aurait pu, comme il l’avait promis, ré-introduire une dose de proportionnelle dans la désignation des députés de façon à ce que tous les courants de pensée de la société puissent être associés à l’élaboration des grands chantiers de nécessaire modernisation du pays. En donnant un second souffle à nos institutions… Pour seule réponse à la main tendue de Bayrou, on envoya une candidate socialiste le battre aux législatives dans son fief de Pau.

Le deuxième tournant du quinquennat de Hollande a sans doute été la crise grecque. Alors qu’on ne parlait que de “grexit”, s’ouvrait pour Hollande une opportunité, dans l’intérêt même de la France et de la construction européenne, de donner un nouveau souffle à l’Union en s’opposant à la vision punitive et comptable de Wolfgang Schaüble, le tout puissant ministre des finances allemand. En imposant une renégociation de la dette grecque. En proposant une autre ambition à l’Europe, tournée vers le progrès et le développement partagé. Hollande n’était pas au rendez-vous. Il se borna à tenter d’arrondir les angles entre Allemands et Grecs, pour éviter une crise plus profonde.

La troisième occasion ratée, elle aussi européenne, est certainement le manquement le plus grave. Lorsque Angela Merkel se dressa seule, face à la majorité des autres européens, et une partie de ses propres soutiens politiques, pour défendre une position généreuse et digne dans la crise des réfugiés, se posant en dépositaire et rempart de la tradition d’asile en Europe, on aurait tant voulu voir Hollande s’envoler pour Berlin et donner au monde la vision d’un couple franco-allemand garant de nos valeurs, du droit d’asile, de l’accueil des réfugiés. La position généreuse d’Angela Merkel la mettait en difficultés dans son propre pays. On rêvait de voir Hollande main dans la main avec la chancelière, mettre en garde les autres pays -en particulier les nouveaux arrivés de l’est qui ont su profiter de la générosité européenne- contre toute velléité de claquer les portes de l’Europe au nez des damnés de la guerre. Au lieu de quoi nous eûmes la honteuse intervention de Manuel Valls signifiant à Angela Merkel -sur le territoire allemand- que l’Europe avait assez accueilli de réfugiés…

C’est d’abord ces manquements qui ont gâché le quinquennat. C’est aussi bien sûr l’absurde crise autour de la déchéance de nationalité, mais Hollande dit lui même qu’il regrette de l’avoir provoquée. C’est enfin et surtout l’impuissance du parti socialiste à exercer le pouvoir en se souciant d’abord de l’intérêt commun. Son goût pour les polémiques idéologiques d’un autre âge. Son incapacité à assumer les nécessaires compromis qu’impose la gestion du pays. Cette volonté de chacun des apparatchiks de se positionner pour les combats internes de demain, avant même que celui d’aujourd’hui, pour l’amélioration de la situation du pays, ait été mené à son terme. C’est tout cela qui a conduit à cette primaire , aboutissement de quatre années de déchirements, polémiques, procès en trahison. Cette primaire un peu dérisoire où chacun fait semblant de croire qu’il pourrait un jour faire un président de la République, quand il pense d’abord à se positionner pour le contrôle futur du parti. Du moins ceux qui en sont membres… Les autres, on se demande encore quel intérêt ils peuvent trouver à ce simulacre.

 

 

 

1 réflexion sur « Primaire: le point d’orgue d’un quinquennat gâché »

  1. Leur attachement au “Parti” me rappelle celui des communistes des années 60 et 70. Le parti d’abord, outil de conquête du pouvoir et de contrôle des militants dont on avait besoin pour les campagnes électorales. Avec le résultat que l’on connaît.

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