La leçon, pas très convaincante, de Macron

Alors? Macron est-il en définitive le président des riches? Est-il finalement de droite et… de droite, comme on le lui reproche à gauche? On ne peut pas dire que l’interview de lundi soir ait vraiment apporté un éclaircissement définitif sur son projet. Clair, lorsqu’il s’est agi de revendiquer une forme de franc-parler, de se justifier de ses saillies sur les “fainéants” et autre fouteurs de “bordel” -seul sujet qui semblait d’ailleurs vraiment intéresser les intervieweurs- il est beaucoup plus embrouillé lorsqu’il s’agit d’expliquer les tenants et aboutissants des réformes qu’il entend mener. Beaucoup d’actes de foi, une métaphore -celle de la cordée- qu’il déroule à l’envi sans vraiment convaincre de la dimension sociale de sa démarche, sans arriver vraiment à faire comprendre le distinguo qu’il fait -à juste titre- entre favoriser la réussite, et récompenser les riches. A cet égard il contribue lui-même à embrouiller l’auditeur en rappelant, on se demande pourquoi, aux journalistes sur le plateau qu’ils font partie des “riches”… Hors sujet!

C’est lorsqu’il renonce à disserter sur la “jalousie”, la réussite, et les vertus de l’escalade collective, qu’il redevient convaincant. Lorsqu’il aborde le sujet de la formation, et la nécessité de réorienter les budgets vers la formation des chômeurs, lorsqu’il énonce sa volonté d’aider les Français à s’adapter aux changements plutôt qu’à les en protéger… qu’il retrouve les accents de sa campagne victorieuse. Là, effectivement, le débat n’est plus entre droite et gauche, entre présidence des riches ou des pauvres, mais entre réformisme et protection du périmètre social existant. Entre pari d’avenir, et sacralisation des acquis sociaux, et syndicaux. C’est sur ce terrain, qu’il retrouve son souffle, et ne semble plus sur la défensive.

Malgré son appétence pour la philosophie, ce n’est pas sur le terrain de l’idéologie que Macron emportera la bataille. Il ne convaincra personne qu’il est juste que la répartition des fruits de son action profite, même temporairement, plus aux plus hauts revenus qu’aux plus modestes. Qu’il existe, entre la gauche et la droite, un espace politique cohérent et moderne dans lequel il évolue. Son espace politique c’est celui que lui ont donné ses électeurs de la présidentielle et il y en a sans doute là de tous les bords. Son espace politique c’est celui de son action réformatrice. C’est à cette aune qu’il sera jugé. L’histoire se moquera de savoir s’il fut plutôt de gauche-droite ou de droite-gauche.

Reste le boulet de l’ISF. C’est évidemment ce qui plombe l’image du président. Comment supprimer, en tout cas en partie, un impôt que ne payent que les plus fortunés, sans apparaître comme le président des riches. On ne peut pas dire que les arguments déployés dans l’interview, entre premier de cordée et risque de fuite des investisseurs, soient totalement convaincant. Peut-être aurait-il pu faire valoir plus simplement que la nécessaire harmonisation fiscale européenne, passe par la suppression de cet impôt, et que seuls les Hollandais, dans l’Union, prélèvent encore. Quoique l’Europe n’intéresse apparemment pas grand monde, en tout cas pas les interviewers de TF1 qui n’ont pas trouvé le temps en une heure de poser une seule question sur le sujet. Ou encore qu’il s’agit d’un impôt redondant puisque les revenus constitutifs de la fortune ont déjà été imposés une première fois… Mais là, on aurait retrouvé un argument traditionnel de la droite… Macron préfère la cote mal taillée qui consistera à surtaxer les yachts ou les voitures de luxe et lingots d’or -dont la participation au développement économique n’est pas flagrante- pour donner le change.

Bref, il faudra sans doute plus que cette interview télévisée à Macron pour clarifier son image. Mais il y aurait une certaine naïveté à s’en étonner… Venu de nulle part, il a mis en quelques mois le monde politique cul par dessus tête, en prenant un malin plaisir à afficher sa différence, teintée parfois de suffisance. De gauche à droite, des plus extrêmes aux plus modérés, tout le monde l’attend au tournant, et donc sur ses résultats.

 

 

1 réflexion sur « La leçon, pas très convaincante, de Macron »

  1. C’est aussi le premier président élu sans avoir promis n’importe quoi pour caresser les électeurs dans le sens du poil (voir programme commun de 1981 et la fracture sociale de ineffable Chirac). Alors maintenant, tous les français favorables aux réformes à condition que cela ne les touche pas, vont-ils réussir à le freiner comme c’est l’usage depuis des lustres dans le pays de Descartes ? Produire plus, Eduquer mieux puis redistribuer semble une bonne stratégie. Wait and see mais en cas d’échec, on pourra autant en vouloir aux français qu’à un président qui aura essayé !

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