Syrie: l’enfer, encore et encore!

Une résolution du conseil de sécurité… et tout continue comme avant. Qui peut en être surpris? Depuis que Poutine a pris la main dans cette guerre, en profitant de l’indécision de Barack Obama, on sait que rien n’arrêtera le massacre avant la victoire totale de Bachar El Assad. C’est tout simplement indispensable au chef du Kremlin. Non pas sans doute, qu’il soit pris de compassion pour le leader syrien. Probablement le trouve-t-il même aussi détestable que tout le monde. Mais l’enjeu de cette guerre est maintenant le sien. Il n’y a qu’une issue acceptable pour lui, une victoire de Assad contre ses opposants. Une victoire qui lui permette d’une part de montrer aux occidentaux que la Russie est à nouveau incontournable, qu’on ne pourra résoudre aucun problème de ce monde sans passer par Moscou, et qu’on ne peut pas jouer impunément avec sa fierté, comme ceux-ci ont eu la tentation de le faire en Ukraine. D’autre part un succès d’Assad lui permettra d’établir une tête de pont au Moyen-Orient, zone de prédilection de l’empire américain, comme l’Amérique à installé la sienne en Afghanistan aux frontières mêmes de la Russie. Enfin et ce n’est sans doute pas le moins important, de faire main basse sur une partie au moins du gaz donc regorgerait la Syrie.

Mais comment en sortir? Evidemment, en parlant avec Poutine. Mais pour se dire quoi? Pour négocier quelle issue? Faudra-t-il acter que la Syrie est devenue un protectorat russe du genre de la Tchétchénie, dirigée par un dictateur fantoche issu de l’entourage d’Assad, le départ de ce dernier pouvant apparaître comme une concession de Moscou dans la négociation? Qu’en échange de sa “protection”, Moscou est habilité à faire main basse sur les ressources du pays.

L’illusion d’une solution consensuelle faisant une place à l’opposition démocratique à Assad semble en tout cas totalement hors de portée. Le fiasco du simulacre de négociations de paix proposé par les russes à Sotchi est patent. Il ne sera probablement pas possible de trouver des mouvements de l’opposition à Assad compatibles avec la version de la paix proposée par Poutine. Et le rêve de voir cet échec ouvrir une porte à une médiation européenne risque lui aussi de déboucher sur le néant. Car pendant ce temps l’aviation syrienne continue d’écraser sous les bombes les opposants au régime, et plus largement tous les civils qui ont le tort de vivre dans les enclaves encore contrôlées par les opposants au régime, à pilonner les hôpitaux, à procéder à une massacre de masse sur sa propre population.

Le seul espoir des diplomates européens est la lassitude de Poutine. En entrant en guerre aux côtés d’Assad, il faisait un coup dirigé contre les USA et les pays européens, auxquels il reproche de n’avoir eu de cesse d’humilier la Russie depuis la chute du rideau de fer. Près de cinq ans plus tard, il est enlisé dans une guerre qui semble sans fin. Cet “enfer sur terre”, selon l’expression du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, pourrait finir par s’avérer un piège pour la Russie. Un peu comme l’Afghanistan le fut pour l’Union soviétique de Gorbatchev. Si Poutine prenait conscience d’être piégé en Syrie, craignait un enlisement, qui finirait  par nuire à son image, la France et l’Allemagne pourraient lui ouvrir une porte de sortie honorable en prenant l’initiative de véritables négociations de paix… Comme en Ukraine où l’on peut toujours se dire, si l’on veut s’accrocher à la bouteille à moitié pleine, que l’intervention des européens aurait permis d’éviter que Moscou n’annexe la totalité du pays…

Dans l’immédiat, on peut noter que suite à un entretien avec Merkel et Macron, Poutine a annoncé ce week-end son intention d’appliquer une trêve sur la Ghouta orientale… chaque jour entre 9h et 16h, pour favoriser l’évacuation des civils. Pas question en revanche pour lui d’appliquer la résolution de l’Onu réclamant un arrêt des combats, à laquelle la Russie a finalement adhéré grâce au forcing effectué à l’ONU, entre autres, par les européens. La fenêtre pour une action diplomatique de paix de l’Europe, entre l’indifférence de Trump et l’obstination de Poutine  est décidément très étroite. Et le destin des populations civiles de Syrie ressemble toujours plus à “l’enfer sur terre”!

 

 

 

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