Mélenchon, les gilets jaunes, et la « remontada »

C’est la semaine des deux samedis. Deux manifs pour le prix d’une. Il faut dire que gilets jaunes et insoumis, espéraient profiter du 1er mai, et du défilé syndical, pour voir remonter le niveau de la mobilisation contre le gouvernement, qui était en baisse samedi dernier pour l’acte 24, déjà placé par Mélenchon sous le signe de la “convergence des luttes”. En se joignant au défilé traditionnel du 1er mai, les gilets jaunes et la France Insoumise espéraient faire nombre… et choc, puisque les gilets jaunes appelaient sur internet les black blocs à se joindre à eux.

Evidemment, le patron de la France Insoumise qui manifestait au calme, à Marseille, pourra se féliciter d’un grand premier mai, faire comme si la “convergence des luttes” qu’il prône expliquait ce succès, et déplorer les violences, en faisant de Christophe Castaner le responsable de la dérive violente des auto-proclamés “émeutiers”. Mais c’est plutôt sur sa stratégie elle-même qu’il devrait s’interroger.

Depuis de nombreuses semaines, le patron de la France Insoumise appelle ses troupes à participer aux manifs des gilets jaunes. Il est le seul responsable politique important à avoir fait ouvertement ce choix. Les autres se contentent de faire état de leur compréhension à l’égard du mouvement, tout en dénonçant la violence, et sans lier leur sort à celui-ci. Le choix de Jean-Luc Mélenchon, illustré par la présence systématique de ses lieutenants dans les cortèges du samedi, est un choix risqué. Car le mouvement s’essouffle, et sa capacité de mobilisation restant très limitée, il ne peut espérer inverser à lui tout seul la dynamique de déclin, et donner, grâce à ses militants, un second souffle à un mouvement, qui en retour, pourrait le porter vers l’avant. Ses appels réitérés à amplifier la protestation hebdomadaire n’ont pas permis jusqu’ici d’en arriver à cette “l’insurrection populaire” dont il rêve, et donc , à l’inverse, l’emprisonnent lui-même, semaine après semaine, dans une spirale d’échec.

Les sondages sur les résultats des européennes diffusés quotidiennement, traduisent cette logique déclinante dans laquelle se trouve enfermée la France Insoumise. Multiplier des appels à la mobilisation, non suivis d’effets, marginalise toujours un peu plus le parti de Mélenchon. On peut d’ailleurs supposer que ce choix tactique hasardeux, n’est pas pour rien dans les turbulences qui agitent depuis plusieurs semaines son entourage, et qui ont conduit à de brusque départs de certains militants, et à la remise en question publique de son leadership. A moins d’un mois d’un scrutin important, choisir une position de rupture institutionnelle brutale, en contestant la démocratie représentative, n’est pas forcément le meilleur argument de campagne, et doit donc irriter ceux qui autour de lui souhaitent s’épargner un échec cuisant aux européennes. Or les instituts de sondage lui prédisent maintenant un résultat à un chiffre le 26 mai prochain, soit la moitié à peine de son score du 23 avril 2017.

Cette dérive n’est pas sans rappeler celle de Podemos, le parti de gauche radicale espagnole de Pablo Iglesias. Celui-ci partait en 2016 d’une position qui en faisait l’étoile montante de la politique espagnole, avec 21% de l’électorat et 71 députés sur 350 (avec son allié Gauche Unie). Il vient pourtant de perdre 29 sièges dans l’élection législative du week-end dernier. La sanction de trois ans d’errements stratégiques, de polémiques internes, de contestations d’un leadership jugé arrogant… Après avoir misé sur un refus des compromis qui devait lui permettre de “surpasser” les sociaux-démocrates du PSOE, et le conduire au pouvoir, Pablo Iglesias a dû annoncer dimanche son intention de négocier l’entrée de Podemos dans un gouvernement dirigé par les socialistes…

Mélenchon a toujours considéré Podemos comme une source d’inspiration. Comme la démonstration que les partis populistes de gauche radicale étaient appelés à prendre la relève des partis sociaux-démocrates en Europe, comme porteurs de projets d’émancipation populaire en rupture radicale avec le libéralisme économique. Et de fait, la dynamique qui le portait pendant la campagne du premier tour de 2017 semblait irrésistible. Au point qu’il a sans doute imaginé à un moment qu’il allait l’emporter. La suite, c’est un double échec électoral, présidentiel puis législatif, qui l’a conduit sur une position de rupture totale, contre Emmanuel Macron bien sûr, mais aussi contre les autres forces de gauche, coupables selon lui de ne pas s’être ralliées. Après la tactique des mots doux et de la bienveillance politique affichée pendant la campagne présidentielle, la France insoumise affiche depuis une attitude de rupture absolue sur tous les sujets, justifiée par une certitude répétée ad nauseam que la seule légitimité est celle du “peuple” dont le mouvement de Mélenchon serait l’incarnation politique. D’où les appels récurrents à l’insurrection, à une démission du président élu, et un soutien sans nuances à des gilets jaunes dont il apparaît pourtant nettement qu’ils ont pour une bonne part d’entre eux plus d’affinité avec l’autre extrême, celle de Marine Le Pen.

Mélenchon parviendra-t-il à s’extraire de cette spirale perdante pour donner à nouveau du sens à son mouvement, une stratégie claire, compréhensible de ses militants, et de ses électeurs, pour enrayer la double hémorragie? Pour l’instant il semble plutôt s’installer dans le déni. En réponse aux mauvais sondages, la France Insoumise annonçait il y a un mois son intention de… faire ses propres sondages! Au lendemain du scrutin espagnol de ce week-end, Jean-Luc Mélenchon a félicité Pablo Iglesias, qui venait de perdre 1,5 million de voix (mais avait fait un peu moins pire que certains sondages ne l’annonçaient), en louant une formidable “remontada”… Pour la remise en question, il faudra repasser.


2 réflexions sur « Mélenchon, les gilets jaunes, et la « remontada » »

  1. Quand on réunit dans un même parti des oppositionnels systématiques, primaires et viscéraux, ils finissent en général par s’opposer à celui ou ceux qui les ont réunis : “Je m’oppose donc j’existe”. Ils ne savent s’unir que dans l’opposition à quelques chose ou quelqu’un ; jamais sur un programme construit après débat et vote majoritaire. N’y a t il pas au moins trois variétés de trots ? Combien de courants au PS ? et au PSU U pour unifié !

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