Tchernobyl sur Seine

“On veut la vérité” ont scandé les manifestants qui tentaient ce lundi de coincer le préfet de la Seine-maritime venu apporter des explications aux élus locaux. “Le gouvernement ne dit pas la vérité…” accuse le leader écologiste Yannick Jadot. Quelle vérité? Par définition, celle qu’on ignore. Celle qu’on nous cache. C’est bien connu, le gouvernement cache toujours la vérité. On l’a bien vu à l’époque de l’accident nucléaire de Tchernobyl! Le gouvernement avait alors tenté de faire croire que le nuage radioactif s’était arrêté à nos frontières. Et il avait fallu tout l’acharnement d’une militante écologiste, Michèle Rivasi pour qu’une autre “vérité”, beaucoup plus inquiétante, transparaisse. Cette même députée écologiste qui s’est depuis lancée dans de nouveaux combats: toujours pour faire jaillir “la vérité”… sur les dangers de la vaccination, ou les bienfaits de l’homéopathie… Personne n’est parfait!

La vérité c’est encore ce que prétendent dévoiler les bricoleurs du dimanche qui ont fomenté quelques fakes sur internet: trottoirs de Rouen jonchés d’oiseaux morts, ou geysers noirâtres à la sortie des robinets. Des “fake-news” repris des milliers de fois. Il est heureusement assez facile de démonter ces grossiers mensonges, et les sites et rubriques de vérification des informations font le travail.

On attend bien sûr beaucoup plus d’un gouvernement. Il doit tout d’abord analyser les conséquences de l’accident pour tenter d’y remédier. Il doit ensuite prendre les mesures de protection des populations qui découlent des résultats des premières analyses. En veillant à la sécurité des plus fragiles, et en particulier des enfants des écoles. Sans en faire trop pour ne pas déclencher la panique. Dans le même temps, il faut prévoir d’indemniser les agriculteurs qui subissent les mesures de précaution, interdictions de commercialisation, confinement des élevages. Il faut également vérifier que le site dangereux est maintenant sécurisé, lancer les enquêtes nécessaires pour comprendre le déroulement de l’accident, et prendre pour le futur des mesures de prévention.

Mais tous cela n’est rien. Juste le travail basique, qui bien sûr ne va jamais assez vite. Non, le plus compliqué, voire l’impossible pour l’Etat, c’est de prouver qu’il dit la vérité! Pour cela le premier ministre promet la transparence absolue. Mais évidemment ce n’est qu’une promesse. Le public ne pourra en mesurer la réalité que le jour où l’on dévoilera les informations que le gouvernement lui a cachées. En attendant, le plus simple pour chacun est donc de partir du principe que le gouvernement ment! C’est ce que font les opposants. Y compris ceux qui pourraient quand-même s’autoriser quelque remise en question: les élus des communes concernées, qui auraient pu s’inquiéter plus tôt du risque que faisait encourir cette usine Seveso située aux portes de Rouen. Mais qu’importe, pour l’heure, le sujet qui remue les foules, c’est d’abord “qu’est-ce qu’on nous cache”?

Evidemment, lorsque les écologistes pointent que le gouvernement malgré ses promesses de transparence n’a pas fourni la liste exacte des produits que contenait le hangar explosé, ils n’ont pas vraiment tort. S’il y a transparence totale, il faut tout dire! Mais ce n’est pas sans risque. Si l’on explique demain qu’ont brûlé dans l’usine Lubrizol des substances hautement toxiques, mais qu’elles n’ont pas contaminé l’atmosphère, personne ne voudra le croire. Et l’on accusera plus encore le gouvernement de mentir. En se contentant de livrer les résultats d’analyse qui lui parviennent, celui-ci a tenté d’informer sans déclencher de panique. Pas facile, il faut le reconnaître, à l’heure ou toutes les chaines de télévision ont a disposition des experts en tout qui sont disposés à prédire le pire en toutes circonstances. Avec la liste de produits qui doit maintenant être fournie, et qui sont forcément dangereux puisque l’usine est classée Seveso, en quelques heures, les “experts” vont probablement nous dresser le tableau d’apocalypse de ce qui attend les habitants de la région.

Donc, en résumé, l’équation que doit résoudre le gouvernement pourrait être résumée d’une formule: comment donner au public suffisamment d’éléments pour qu’il se sente correctement informé, sans fournir de grain à moudre aux prédicateurs du pire, qui font le buzz plus surement que les véritables experts, sur les chaînes d’info? Ou encore comment protéger au mieux les populations sans provoquer la panique?

Et c’est là qu’intervient le “principe de précaution”. Depuis la canicule de 2003 et l’hécatombe qu’elle provoqua (19000 morts selon l’Inserm) en pleines vacances du gouvernement, tous les ministres savent ce qu’il peut en coûter de ne pas anticiper l’improbable, de ne pas prévoir l’imprévisible. L’excès de précautions vaut toujours mieux que l’imprévoyance. Donc en l’espèce, devant l’inconnu que représentent les conséquences éventuelles de l’incendie de l’usine rouennaise, il faut non seulement anticiper les éventuelles conséquences à moyen et long terme, mais aussi et surtout, prouver qu’on les anticipe, qu’on se donne les moyens d’y parer. Chacun veut savoir. Ou sait déjà: “les substances dégagées ont pu intoxiquer et potentiellement rendre terriblement malades des salariés ou des habitants”, estime Yannick Jadot. Qui fournit au passage sa préconisation pour ce genre de situations: dès l’explosion on aurait dû “confiner la population dans les transports en commun…” Et le leader écologiste, en attendant d’avoir l’occasion de mettre en œuvre ses préconisations “espère que la justice va sérieusement les (le gouvernement) cartonner!”.

Bon, Il est dans son rôle. On suggèrera tout de même à Yannick Jadot, d’attendre qu’on en sache un peu plus, avant de clouer tout le monde au pilori, et de sonner le tocsin. Il faut certes tout prévoir, mais l’avènement du pire n’est jamais tout à fait certain.

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