Dérive anti-communautaire

Une fois de plus retour au syllogisme et donc à la logique de bistrot: tous les musulmans ne sont pas des terroristes islamistes, mais tous les terroristes islamistes sont musulmans, donc si l’on met les musulmans sous surveillance on viendra à bout du terrorisme. En termes plus présentables, on dit: chacun doit être “vigilant aux signaux faibles de radicalisation” chez son voisin, son collègue, son élève, son prof… pour alerter les services compétents. Au départ, on dit bien qu’il ne s’agit pas de délation mais bien de “vigilance”, qu’on ne veut stigmatiser personne et tout et tout, qu’il s’agit juste de tous se sensibiliser aux risques liés au terrorisme… A l’arrivée cela donne au choix: un ministre, celui de l’éducation qui plus est, qui suggère de se méfier des petits garçons qui ne veulent pas donner la main aux petites filles à la récré, ou encore une université, celle de Cergy Pontoise, qui distribue à ses enseignants un pense-bête permettant de détecter les personnes en cours de radicalisation, par exemple ceux qui portent une barbe sans moustache, une djellaba, ou même… un pantalon trop court!

Bien sûr l’université a retiré son pense-vraiment-très-bête et le ministre a clarifié sa pensée, qu’on avait sans doute mal interprétée. Mais enfin voilà, la boite de pandore est ouverte. En appelant à la vigilance au lendemain de l’attentat à la préfecture de police, Emmanuel Macron a lui-même donné le la. Sous prétexte de lutter contre le communautarisme qui nourrirait en son sein le terrorisme, on est en pleine dérive… anti-communautaire. Et bien sûr la question du voile est ressortie aussi-sec de la boite où l’avait temporairement rangée la loi de 2004. Et chacun y va de son idée sur le sujet. Et l’on reparle d’élargir le champ de la loi qui interdit le voile à l’école, en interdisant aux mamans qui accompagnent les sorties scolaires de s’habiller comme elles le souhaitent, et d’interdire aussi le voile aux étudiantes, voire même encore pour les plus extrémistes de le bannir tout simplement dans “l’espace public”… Du pain béni pour les islamistes radicaux.

La dérive qu’on pouvait craindre est bien là. Une fois de plus, la peur s’avère très mauvaise conseillère. Une fois de plus par crainte du terrorisme islamique on stigmatise les musulmans, une fois de plus on entre dans la logique des terroristes islamistes, en faisant semblant de croire que leur sale guerre, est une guerre de religion. Et on fait donc leur jeu. Pourquoi les Frères Musulmans et autres islamistes radicaux organisent-ils à intervalle régulier des provocations du genre manif pour le burkini à la piscine municipale, ou candidature “spontanée” d’une personne voilée pour un poste de vendeuse dans une boutique de sous vêtements? Simplement pour atteindre ce résultat. Provoquer le rejet et donc faire la preuve de l’ostracisme. Démontrer l’impossibilité pour les musulmans de s’intégrer dans la société française. Et dont la légitimité de leur combat. Et nous tombons dans le panneau. Nous fonçons tête baissée dans la muleta.

Chaque fois qu’un prof de Cergy ou d’ailleurs s’inquiètera d’un pantalon qui n’arrive qu’à mi-mollet, d’une djellaba ou d’une barbe sans moustache, loin de lutter contre le communautarisme et donc éventuellement la radicalisation, il renforcera la sentiment d’exclusion, d’incompatibilité, et donc… le communautarisme. Comment peut-on prétendre obtenir un recul du communautarisme, quand la nation entière est appelée à se mobiliser contre les “signaux faibles” qui borneraient la frontière entre la religion musulmane et le terrorisme? Cette mobilisation de chacun pour surveiller la façon dont son voisin pratique sa religion est indigne, contraire à nos valeurs, dangereuse pour les libertés, et en plus contre-productive, puisqu’elle ne peut que faire le jeu des extrémistes.

1 réflexion sur « Dérive anti-communautaire »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *