La Gauche dans le piège de l’extrémisme

Ce sont deux femmes, deux femmes de gauche, qui ont pris la parole ces derniers jours pour oser affronter le contre-courant. L’une, Mazarine Pingeot, est agrégée de philosophie. L’autre, Dominique Nora, est journaliste, directrice de la rédaction du Nouvel Observateur. Leur message se ressemble. La première, dans un texte publié par le Monde, dit son “ennui face à la morale de la haine”. La seconde, dans un éditorial évoque “ce désastre radical qui jette le discrédit sur le féminisme”. Toutes deux voient avec appréhension l’émergence d’un extrémisme féministe, qui nie l’état de droit, fait passer ses propres rancœurs, amertumes et obsessions anti-masculines, avant la présomption d’innocence, ou la liberté de penser, qui transforme un combat pour l’égalité en rejet haineux de l’autre.

Il s’agit de “l’affaire Darmanin”, des attaques contre le Garde des Sceaux Dupont-Moretti, qualifié par certaines militantes d'”osez le le féminisme” de “complice” des violeurs, ou encore des élues écologistes de Paris demandant et obtenant la démission de l’adjoint à la culture de Paris, Christophe Girard, coupable à leurs yeux d’avoir été proche de l’écrivain Gabriel Matzneff, visé par une enquête pour pédophilie.

On peut bien sûr contester le choix d’avoir nommé Gérald Darmanin Ministre de l’Intérieur, quelques mois après que la Cour de Cassation a ordonné, pour des raisons de procédure, la réouverture de l’enquête concernant la plainte pour viol déposée contre lui il y a cinq ans. On croit comprendre que le côté provoquant de ce choix, renvoie à une volonté du Président de la République d’afficher une intransigeance sécuritaire que Darmanin pourrait incarner mieux que son prédécesseur Castaner, à moins de deux ans de la prochaine élection présidentielle. Ce dernier n’ayant pu ni contenir les violences hebdomadaires des gilets jaunes et/ou blackblocs pendant une année, ni répondre de façon efficace aux excès de violence de certains policiers. Mais pour autant, au delà des questions d’opportunité politique, Darmanin reste présumé innocent, n’a pas été mis en examen à cette heure, et a déjà bénéficié de trois décisions de justice favorables.

Contre Dupont-Moretti, on ne pourra retenir qu’un délit d’opinions, trop défavorables selon ses contemptrices à la cause des féministes, quant-à Patrice Girard, on devra se contenter de trois repas au restaurant en cinq ans, partagés, aux frais de la Mairie de Paris, avec Gabriel Matzneff. Tout cela est bien mince, on en conviendra, pour étayer la croisade de notre avant-garde écolo-féministe.

La nostalgie est souvent mauvaise conseillère. Mais on doit bien parler de dérive d’un féminisme qui, de Gisèle Halimi, décédée il y a peu, à la passionaria Alice Coffin, qui appelle les femmes à “choisir l’homosexualité” pour éviter les violences masculines, a fait incontestablement un saut qualitatif dans le vide.

Et le plus surprenant reste de voir que les excès de ce féminisme version 2020 ont le soutien de tout ou partie de la gauche, et en particulier des écologistes et insoumis, prêts à s’associer à un mouvement qui se construit largement sur la négation de la présomption d’innocence, et le rejet des hommes présumés génétiquement violeurs. Et la dérive ne s’arrête pas là.

Il en va de même des discours racialistes des “indigénistes” ou “décoloniaux” qui prétendent imposer une lecture raciale et ethnique des rapports sociaux, et bénéficient eux-aussi du soutien d’une partie de la gauche. Ou encore des dictats de ceux qui tentent d’imposer leur loi religieuse dans certains quartiers, et à qui l’on devrait laisser le champ libre au nom de la misère économique et culturelle, réelle, qui règne dans les zones délaissées de nos villes, et du respect des minorités. Voire au nom de la liberté d’expression!

Mais où est passé l’universalisme républicain dont se parait la Gauche et dont se sont nourris tous les combats pour l’émancipation des hommes et des femmes? On a supprimé la notion de race de la Constitution… c’était pour mieux la réintroduire dans le débat public et la réflexion politique? Pour tolérer aujourd’hui, et même soutenir, des mouvements qui mettent en avant une identité de “racisés” -comme ils disent- assignant chacun dans la société à une place découlant de sa couleur de peau ou de son ethnie, stigmatisant ceux qui trahiraient leurs racines en “collaborant” avec les blancs, appelant les personnes à peau noire à se soigner entre eux, voire, à s’adresser, comme Google le propose maintenant aux Etats-Unis, à des commerces tenus par des personnes ayant la même couleur de peau ? La ségrégation choisie, l’apartheid volontaire, comme nouvel horizon d’émancipation?

Comment croire que les mêmes personnes, défenseurs intransigeants hier des libertés formelles, peuvent maintenant défiler dans les rues pour appeler à la vindicte populaire, en dénonçant sur l’air des lampions les crimes présumés de responsables politiques sur la foi de simples accusations ? Parce que les violences contre les femmes et les homosexuels sont un fléau, il faudrait tolérer et comprendre les discours de haine contre les hommes hétérosexuels, et piétiner l’état de droit? Parce que le racisme et les contrôles au faciès existent toujours, il faudrait soutenir avec le Clan Traoré que la France est un pays raciste et colonialiste? En s’associant à ces dérives extrêmes par clientélisme, une partie de la gauche renonce à faire de la politique et perd de vue son héritage républicain et humaniste, et donc son identité.

4 réflexions sur « La Gauche dans le piège de l’extrémisme »

  1. Je vais être bref, Michel, c’est vraiment lamentable qu’une partie de la gauche tombe si bas pour essayer d’acquérir des voix.
    Je salue l’excellence de ce blog. Merci.

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