Quelle légitimité ?

Drôle de climat. A droite, les soutiens de Valérie Pécresse nous répètent depuis des jours que l’élection présidentielle à venir risque de désigner un président illégitime parce qu’Emmanuel Macron a refusé de débattre avec la championne des Républicains avant le premier tour. Le pire en la matière étant atteint par le Président du Sénat, second personnage de la République, Gérard Larcher, qui reproche par avance à Emmanuel Macron “d’enjamber la présidentielle, en refusant le débat” et lui prédit en cas de réélection un problème de “légitimité”. En clair, un président qui serait élu en ayant refusé de débattre à la télévision avant le premier tour avec le ou la candidate des Républicains, serait illégitime. Comme si la légitimité d’un président pouvait venir d’ailleurs que des urnes. Comme si la participation à un plateau télé, chez Hanouna ou une autre des stars du petit écran, offrait la véritable onction démocratique. C’est évidemment une dérive inquiétante en ce qu’elle révèle de la place prise par les animateurs télé, dans le débat politique. Mais elle l’est surtout par ce qu’elle suppose de mépris du suffrage universel, et donc de la démocratie.

Le suffrage universel aurait donc cessé, avec l’avènement des chaînes d’infos et de leurs polémiques politiques permanentes, d’être l’étalon de la vie démocratique. Alors même que l’accès à la communication publique des oppositions de tout crin n’a jamais été aussi massif qu’aujourd’hui, nous aurions à craindre que le suffrage universel ne permette plus d’exprimer les véritables aspirations du peuple. Les électeurs seraient abusés, trompés, égarés, par le refus du président sortant de se soumettre tel Saint Sébastien aux flèches de l’ensemble de ses opposants, attaché à leur merci sur un plateau télé!

En fait la remise en cause n’est pas nouvelle. On l’avait déjà entendue en 2017 lors de l’élection d’Emmanuel Macron. A l’époque, l’expression qui faisait flores était :”élu par défaut”. La légitimité du président était atteinte, parce que les commentateurs bien informés savaient bien que les électeurs avaient voté pour lui au second tour pour éviter l’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen, et pas du tout pour le voir mettre en œuvre son programme. En quelque sorte il s’était emparé de la présidence par effraction. Et ses opposants le renvoyaient à son score du premier tour: 18% des inscrits à peine (en raison d’un fort taux d’abstention). A comparer avec les 22,6% de François Hollande, en 2012, à un moment où l’abstention était moins élevée.

La nouveauté, aujourd’hui, c’est que les commentateurs de la politique, journalistes ou/et militants politiques s’octroient un rôle d’arbitre de la légitimité du suffrage universel. Dans une tribune publiée récemment, des intellectuels et artistes, pour la plupart d’extrême-gauche, dénonçaient ainsi l’absence de débat entre tous les candidats avant le premier tour (rappelons qu’aucun président sortant de la 5eme république, candidat à sa réélection, n’a jamais participé à un débat avec l’ensemble de ses opposants au premier tour d’une élection). La tribune titrée “pas de débat, pas de mandat” conduisait les auteurs à se substituer aux électeurs pour décider si le mandat du prochain président élu serait valable ou non… Sans surprise, en quelques heures, la droite et l’extrême droite rejoignaient les signataires et reprenaient le mot d’ordre “pas de débat, pas de mandat”!

En fait ce qui est en jeu c’est la substitution de la vie médiatique à la vie démocratique. De l’image des choses à leur essence. Ce que veut le peuple? C’est le micro-trottoir de LCI ou BFM qui nous l’enseigne, ou encore la manifestation des gilets jaunes. L’égalité? C’est celle des temps de parole sur les plateaux télé. La vérité? C’est ce qu’on ose dire en face d’une caméra. La démocratie, c’est le droit d’assister ccomme au cirque à la confrontation des candidats “face à Baba!” L’expression populaire issue des urnes en deviendrait presque anecdotique. Et ne serait en tout cas plus l’alpha et l’omega de notre vie démocratique. Pire, un complot terrible contre la démocratie se préparerait si l’on écoute Valérie Pécresse: “ne vous laissez pas voler cette élection comme en 2017” met en garde la candidate LR… Son rival d’extrême-gauche, Jean-Luc Mélenchon, se projette lui déjà dans l’après scrutin et appelle déjà aux blocages et grèves, si… les électeurs ont le mauvais goût de choisir Emmanuel Macron plutôt que lui…

Comment s’étonner que tout cela conduise in fine à une nouvelle baisse du taux de participation à des élections dont chacun invalide par avance le résultat. C’est un excellent exemple de prédiction auto-réalisatrice. A force de relativiser la valeur du suffrage universel, on finira par tomber à des taux de participation tellement bas qu’il faudra chercher autre chose pour faire vivre la démocratie. Des assemblées dont les membres seraient tirés au sort? Ou des comités ouvriers désignés dans les ateliers? Dommage! Un homme une voix, pour un peuple souverain, ça avait de la gueule!

1 réflexion sur « Quelle légitimité ? »

  1. M Larcher sent que ke vent est mauvais pour sa boutique donc il essaie d’invalider l’élection par avance, est-ce que m Larcher à remis en cause le résultat des municipales largement gagnées par ses amis avec une participation dérisoire ?
    Si on reprend l’argument du score du premier tour sur les inscrits, qu’a-t-il dit de m Morin élu par 8% des inscrits au premier tour?
    Ces arguments et propos qu’on peut comprendre du militant de base sont inadmissible de la part d’un élu et encore plus du deuxième personnage de l’état. C’est d’autant plus idiot qu’ils ne sont pas à l’abri de connaître une telle situation dans les scrutins à venir.

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